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L'histoire des rues

Plaque de rue

Allées Perkain

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Les Allées Perkain et l’impasse Chiquito de Cambo.

 Cité où le Jeu de Paume a toujours été le sport préféré de ses habitants, la ville de Saint-Jean-de-Luz a honoré la mémoire de deux des plus célèbres pelotaris du Pays Basque : Perkain et Chiquito de Cambo, en donnant leurs noms à deux de ses rues.

               

                En pleine saison estivale, le 17 août 1936, le Conseil municipal décida d’attribuer « aux allées situées derrière l’Hôtel de la Poste » conduisant au  fronton municipal reconstruit depuis une dizaine d’années au lieu-dit « Les Grandes Allées » le long de la route de Bayonne, « le nom d’allées Perkain ». Dans le compte rendu, justifiant brièvement les raisons de ce choix, le secrétaire de séance mentionna  : «  Perkain, né entre 1760 et 1770, aux Aldudes, où son souvenir subsiste encore dans les récits que se transmettent les poètes populaires basques, reste le plus ancien pelotari dont le nom soit connu, et peut-être le plus célèbre de tous. On ignore la date de sa mort. »

             S’il est avéré que Perkain fut, à la fin du XVIIIe siècle, un pelotari renommé pour sa force de frappe exceptionnelle, et ses actions contre les Républicains au moment de la Révolution, la légende, qui s’est très vite tissée autour de ses exploits dont certains invraisemblables, entretenue par de nombreux poètes et écivains basques(1), a contribué à occulter la vie  du  personnage.

            On ignore la date de sa mort, mais aussi son prénom et l’on n’est pas sûr, bien que plusieurs auteurs l’aient affirmé, que son nom  de famille était Inda, -Perkain étant le surnom sous lequel il était connu, celui de sa maison. Et d’après des recherches et études récentes(2), le lieu de sa naissance ne serait pas les Aldudes, petit hameau de la Basse-Navarre, qui, au XVIIIe siècle, dépendait de la paroisse de Saint-Etienne-de-Baïgorry.

            Certes il exista aux Aldudes, jusqu’en 1982, une maison appelée « Perkain » ou « Perkainenea », où la tradition fait naître le célèbre pelotari, entre 1760 et 1770, Perkain étant, au moment de la Révolution française, un homme jeune, dans la force de l’âge. Mais  cette maison ne fut construite qu’après 1770 par les époux Inda  qui résidaient  aux Aldudes depuis une dizaine d’années.  Natif des Aldudes, Martin Inda avait épousé en 1751,  Laurence Arrospide, une jeune fille de Espinal, village de Haute-Navarre, dont les parents y étaient les maîtres de la maison « Perkainenea ». Après avoir habité une dizaine d’années avec les parents de la jeune femme dans cette maison « Perkainenea » de Espinal, les Inda vinrent  aux Aldudes, où, à la fin de la décennie 1760,  ils décidèrent de s’établir définitivement et d’y  faire construire leur maison qu’ils dénommèrent « Perkain » (ou « Perkainenea »), du nom de la maison familiale d’Espinal,  et qui sera désignée pendant longtemps par les habitants des Aldudes « la maison espagnole de Perkain ». De 1752 à 1774, à Espinal et ensuite aux Aldudes, le couple Inda eut plusieurs enfants- au moins douze- dont quelques-uns moururent en bas-âge. Parmi les garçons survivants, nés à Espinal ou aux Aldudes, l’aîné, forgeron puis aubergiste, hérita, comme c’était l’usage, de « Perkainenea », l’un d’eux ordonné prêtre se réfugia en Espagne pendant la Révolution et devint sous l’Empire curé de Saint-Pée-sur-Nivelle, d’autres se marièrent en Espagne, mais aucun ne semble avoir été un joueur de pelote exceptionnel. Selon toute vraisemblance notre pelotari n’était pas un fils Inda et il ne  pouvait être natif des Aldudes où, cependant, il avait dû venir très souvent pour que la tradition en fît un de ses ressortissants.  Pour Albert Chabagno, maire des Aldudes pendant plusieurs mandats, féru d’histoire locale et de généalogie, qui avait essayé de percer le mystère de la filiation de Perkain, le célèbre joueur de pelote serait né à Espinal,  dans «  la maison-mère  Perkain » et son nom de famille serait Arrosteguy, Laurence Arroteguy épouse Inda  étant sa tante, d’où les fréquents séjour du fameux pelotari aux Aldudes.

            D’après  Pierre Harispe, Perkain aurait été séminariste- comme son cousin Inda- avant de devenir un joueur professionnel dont  la puissance du bras faisait l’admiration des passionnés de jeu de paume, et de se distinguer dans des parties de pelote mémorables dans sa région natale, en Basse et Haute-Navarre. L’exploit le plus célèbre de Perkain, déformé par la légende, étant en 1793, la partie de pelote qui l’opposa aux Aldudes, à un autre pelotari aussi célèbre que lui, le gaucher Curutchet. A cette époque, l’an I de la République, Perkain avait déjà dû avoir des ennuis avec les tenants du nouveau régime, et devait être revenu en Espagne,  car dans le prologue de son ouvrage, Pierre Harispe nous raconte que «  Perkain sommeillait depuis quelques temps, comme un lion au repos dans son antre ». Profitant de son absence Curutchet lança un défi, à qui désirait le relever, pour une partie de pelote aux Aldudes. Ayant eu connaissance de la compétition projetée, Perkain décida de s’y rendre avec des amis, en passant par Itxassou. -Ce qui n’était pas le chemin le plus direct s’il se terrait en Espagne !- En cours de route, après avoir appris plusieurs méfaits commis par des révolutionnaires, il décida  une expédition punitive contre leurs chefs.  Pénétrant de force avec ses amis dans la maison où les commissaires de la Convention logeaient, Perkain et ses amis les rossèrent copieusement puis ils repartirent aux Aldudes. Le lendemain, devant six mille personnes, massées coude contre coude, autour de la place - ce qui est invraisemblable-Perkain, sous les ovations de la foule enthousiaste, terrassa facilement son adversaire, tuant à la fin de la partie, d’une balle en plein front, le chef révolutionnaire venu l’arrêter.

            Si l’on ne sait pas la date de son décès, les récits diffèrent sur les circonstances de celui-ci : tantôt il mourut tragiquement, assassiné jeune en Espagne, tantôt il eut une vieillesse paisible et honorée.

            Malgré les zones d’ombre qui entourent son existence, les exagérations qui ont déformé ses performances bien réelles, Perkain fut un « joueur de pelote merveilleux », et le choix de nos édiles de 1936 de donner son nom à la rue conduisant au fronton municipal totalement justifié.

 

            Autre joueur de pelote exceptionnel, dont les plus anciens Luziens se souviennent, puisqu’il fut l’un de leurs contemporains, Chiquito de Cambo(3) a fait vibrer par son adresse et la puissance de ses frappes  les amateurs de pelote basque.

             Né en 1881, à Cambo où son père était facteur, Joseph Apesteguy se fit très tôt remarquer-dès l’âge de 16 ans- dans tous les jeux de pelote, à main nue, à pala, ou avec un grand chistéra, ayant, dit-on, «  le don d’enflammer les spectateurs par ses cris de colère et ses imprécations ». A peine âgé de 18 ans, sous la pression de ses supporters, il lança, sans aucun complexe, un défi au plus célèbre joueur de l’époque, le Basque espagnol Arrué, champion du monde. Apprenant l’âge du jeune Apesteguy, Arrué accepta avec condescendance de le rencontrer, certain de  ne faire qu’une bouchée  du « chiquito » , proposant même que la partie fût jouée sur le fronton de Cambo où le tout jeune homme s’entraînait. Furieux  d’avoir été traité de  « chiquito », mot qu’il aurait plusieurs fois répété au cours de la partie, le « petit » Camboard battit Arrué par un score de 60 à 33, devenant ainsi le plus jeune champion du monde,  et y gagnant un surnom : Chiquito de Cambo.

            Bel athlète de 1,90 m pour 90 kilos, puissant, rapide et souple, Chiquito de Cambo eut  une carrière de pelotari extraordinaire.  Il fut champion du monde incontesté, sans interruption de 1900 à 1914, puis de 1919 à 1923, malgré plusieurs blessures reçues sur les champs de bataille de 1914 à 1918, ce qui lui valut d’être cité plusieurs fois à l’ordre de l’armée. Il se produisit  en France, en Espagne mais aussi en Amérique du Sud, attirant les foules, les célébrités et les têtes couronnées. Edouard VII, roi de Grande-Bretagne, Alphonse XIII, roi d’Espagne vinrent  le voir jouer plusieurs fois, et furent, dit-on, ses amis.

            Il joua sa 2 000ième partie le 29 août 1939, à Aguilera à Biarritz, où, malgré son âge, il enthousiasma les spectateurs par  sa vigueur et la perfection de son jeu.

            Ayant dilapidé tous ses gains, et sans ressources, il fut embauché par la ville de Saint-Jean-de-Luz, comme garde-champêtre. Il mourut en 1950 et fut enterré à Cambo.

             La légende avait déjà de son vivant commencé à magnifier ses prouesses, son adresse et sa force inouïe, qualités dont il s’était également servi, pendant la guerre, pour lancer les grenades depuis les tranchées, en s’aidant pour augmenter sa distance de lancée de son inséparable  chistera.     

                                

Notes :

1-Parmi ces poètes et prosateurs basques  :

-Pierre Harispe qui composa en 1900 un drame en cinq actes et en vers intitulé :  Perkain. Drame sous la Terreur et dans le Pays Basque ».

-Jean HARITSCHELLAR : Traditions des Aldudes.

2- Albert CHABAGNO : « Perkain »,  in EKAINA, Revue d’Etudes basques n0 38.

3- Christian LAPRERIE :« Sportifs luziens », in EKAINA, Revue d’Etudes basques n051.

Avenue Georges Clémenceau

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L’Avenue Georges CLEMENCEAU

Le 15 décembre 1918, les conseillers municipaux décidèrent de donner à la place, sise entre la rue Gambetta et la rue Saint-Jacques, dénommée Place de la République, le nom de Georges Clemenceau. Depuis l’aménagement du quartier « Iduzki Eder », c’est une route longeant la voie ferrée qui porte le nom de cet homme politique français,  qui fut l’artisan de la victoire à la fin de la Première guerre mondiale.

            Evoquer cette Place de la République, que  beaucoup de Luziens appelaient encore en 1918 la Place du Marché, nous ramène à une époque lointaine, celle du quartier dit Urthuburu qui s’était progressivement construit autour de l’hôpital- hospice, où dès le XVIIe siècle on accueillait les pèlerins de Saint-Jacques-de Compostelle.

             A l’entrée du quartier, au débouché de la route de Bayonne (le tracé actuel de cette route ne date que du début du vingtième siècle) il y avait un terrain vague, Depuis 1819  s’y tenait tous les quinze jours un marché où les paysans d’Acotz venaient vendre leurs récoltes. Il se doubla très vite d’un marché aux animaux domestiques ( bovins et porcs), qui débordait sur la route nationale, sur la rue Saint-Jacques et même jusqu’au cimetière. Dès 1860 les propriétaires des maisons alentour, et les  « étrangers », qui se rendaient à pied à l’établissement de bains de Sainte-Barbe, déploraient les nuisances occasionnées par ce foirail. Elles devinrent encore plus insupportables lorsqu’en 1880 la municipalité décida la construction d’un nouvel établissement de bains sur des terrains communaux voisins de cette place, à côté de l’hôpital et du Jeu de Paume.  En 1884 ce foirail fut enfin  déplacé  près des halles. Au début du XXe siècle la place réaménagée, renommée Place de la République, ne déparait plus à l’entrée  du « quartier des bains » devenu un « quartier élégant » avec hôtels, casino, et belles villas.

            Ce fut cette place que le Conseil municipal luzien rebaptisa du nom de Georges Clemenceau, un mois à peine après l’armistice qui, le 11novembre 1918 mettait fin à quatre années de guerre. Mais elle disparut progressivement dans les nombreux travaux d’aménagement du quartier ; la plus grande partie ayant été vendue, en 1920,  à la Société des Voies ferrées du Midi qui désirait établir une ligne de tramway de Bayonne à Hendaye. Seul témoin de cette place le jardinet actuel, appelé Square Uria-Monzon, du nom d’un peintre célèbre du XX e siècle. C’est actuellement une rue excentrée de la ville mais très fréquentée , surtout les week-ends par les amateurs de compétitions sportives puisqu’elle donne accès au Parc des Sports, construit et équipé après 1936.

            Né en 1841, en Vendée, Georges Clemenceau, après des études de médecine, se lança très vite en politique et dans le journalisme Il fut un républicain ardent et un anticlérical farouche. D’abord député de Paris puis du Var, il lutta énergiquement contre  les injustices sociales, demandant la réduction de la durée légale du travail, l’interdiction du travail pour les enfants de moins de 14 ans, l’accès pour tous à l’instruction. Il s’insurgea contre ce qu’il appelait « l’envahissement clérical », réclamant l’expulsion des Jésuites, la suppression des congrégations religieuses, l’interdiction d’enseigner pour les membres du clergé, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la suppression du budget du culte, et la cessation des relations diplomatiques avec le Vatican. Hostile à la politique coloniale il combattit violemment Jules Ferry bien que celui-ci eût réalisé l’une de ses revendications sociales en instaurant l’école obligatoire, gratuite et laïque. Chef de la gauche radicale il fut surnommé le « Tigre », redouté à la Chambre par tous les députés de droite ou de gauche pour  ses prises de position, son éloquence féroce, contribuant ainsi à la chute de plusieurs ministères.  

            Battu aux élections de 1893, il dirigea le journal l’Aurore, prenant une part active à la défense du capitaine Dreyfus, puis revint en politique élu sénateur du Var en 1902.

             La Gauche avait gagné les élections et le « petit père Combes », ancien séminariste préparait la loi votée en décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. En février 1906 Clemenceau devint ministre de l’intérieur et quelques mois plus tard Président du Conseil, toujours chargé de l’intérieur. Mis en minorité il quitta le pouvoir en juillet 1909 et n’y revint que le 15 novembre 1917. Après trois ans de guerre la situation était catastrophique. :La défection de la Russie donnait sur le front la supériorité à l’Allemagne.  Président du Conseil, chargé du ministère de la guerre, Clemenceau fit, comme il le dit lui-même, la guerre, toujours la guerre. Il confia le commandement militaire au maréchal Foch- qu’il appréciait depuis longtemps, bien que Foch ne cachât pas sa ferveur religieuse et eût un frère jésuite –et il le fit nommer généralissime des armées alliées et associées. Pendant les premiers mois de 1918 les troupes alliées durent affronter cinq offensives ennemies successives  et les Allemands furent à nouveau aux portes de Paris. Mais à la mi-juillet Foch lançait enfin la contre attaque victorieuse qui allait conduire l’ennemi à .demander l’armistice.

            Bien qu’âgé de plus de 77 ans, l’infatigable vieillard, méprisant le danger, avait continué à rendre régulièrement des visites aux soldats, comme il le faisait depuis  1915 en qualité de président de la commission de l’armée du Sénat. Ce contact avec les poilus eut un énorme retentissement dans l’armée et dans toute la France et contribua à accroître sa popularité.

            A la fin de la guerre, rares furent les villes et villages de France qui n’honorèrent pas Georges Clemenceau, en donnant son nom à une place ou une rue. Saint-Jean-de-Luz ne faisait donc pas, semble-t-il- exception. Pourtant la rapidité avec laquelle Benjamin Daguerre fit sa proposition, et le vote du Conseil Municipal, à l’unanimité moins une voix, ne manque pas de surprendre. Pendant  longtemps Clemenceau avait été «  la bête noire » des Luziens. Une dizaine d’années auparavant, alors Président du Conseil, il avait été l’homme politique le plus honni dans la cité.

            Si les Luziens comme la plupart des Basques s’intéressaient peu à la « politique parisienne » les positions anticléricales des républicains au pouvoir depuis la fin du XIXe siècle les irritaient profondément, même si parfois ils votaient pour un candidat républicain  local. Ils étaient toujours très attachés à leurs prêtres. Ce mécontentement atteignit son paroxysme après la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat ; lors des inventaires des biens ecclésiastiques. A Saint-Jean-de-Luz, dont le maire Dominique Larrea soutenait ouvertement l’évêque de Bayonne expulsé de son évêché, des affrontements sérieux et musclés eurent lieu au début janvier 1907. Plus de 500 personnes assemblées devant l’église, maire et adjoints en tête, essayèrent d’empêcher le juge de paix d’entrer dans l’église pour rencontrer le curé-doyen. Le maire et les adjoints furent destitués. Jugé responsable de la situation « le docteur Clemenceau, président d’un Conseil Judéo- maçonnique » considéré tel un suppôt de Satan, fut conspué, vilipendé. Ce furent sans doute ces mêmes Luziens, émus et enthousiastes, qui acclamèrent le nom du « Père la Victoire » le 11 novembre,1918, lorsque carillonnèrent les cloches de l’église Saint-Jean-Baptiste pour annoncer l’armistice, les mêmes qui, un mois plus tard approuvèrent quasiment à l’unanimité, la proposition de leur conseiller municipal.

            Mais les inimitiés revinrent vite. Tout au long de sa carrière politique Clemenceau s’était attiré beaucoup d’ennemis qui lui gardaient des rancunes tenaces. Il fut accusé d’avoir « perdu la paix ». Il démissionna et se retira de la vie politique après son échec à la Présidence de la République en 1920. Il mourut en novembre 1929. Plus sentimental qu’on le pensait, il demanda à être enterré avec le bouquet de fleurs séchées offert par les soldats auxquels il avait rendu visite, sur le front, en 1ère ligne,  le 1er janvier 1918.

Pierrette Bruyères

Sources :

Jean-Baptiste DUROSELLE : Les géants du XX esiècle . CLEMENCEAU . Editions FAYARD

Archives municipales

Avenue du Maréchal Soult

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L’Avenue du Maréchal Soult.

Une petite artère du quartier Chantaco a reçu le nom du maréchal Soult que les aléas des guerres du Premier Empire amenèrent à Saint-Jean-de-Luz dans le courant du deuxième semestre de l’année 1813.

Qui était ce militaire, arrivé au grade le plus élevé de l’armée, que les Luziens se seraient bien passé d’héberger avec ses troupes, pendant plus de trois mois ?

            Fils d’un notaire de Saint-Amans, petit village au pied de la Montagne Noire, proche de Mazamet, Jean-de-Dieu Soult (1769-1851) s’engagea, à peine âgé de 16 ans, dans le Régiment Royal d’Infanterie de Saint-Jean d’Angély. Il fallait à l’époque avoir la vocation lorsque l’on n’était pas noble: l’avancement était lent et rares étaient les roturiers qui accédaient à des grades d’officiers supérieurs. Mais le jeune Soult gravit rapidement pendant les guerres de la Révolution les échelons de la hiérarchie militaire, s’étant fait très vite remarquer de ses supérieurs et des délégués de la Convention pour son sang froid, son endurance pendant les batailles, sa manière de commander, et ses qualités de tacticien.   Simple caporal fourrier en 1791, il était trois ans plus tard général de brigade, puis  général de division dès 1799, tandis que sa réputation de fin manœuvrier grandissait. En avril 1800, il fut affecté au commandement du Piémont: charge administrative mais difficile car les Piémontais soutenaient en sous-main les Autrichiens. Un an plus tard, il était lieutenant général du royaume de Naples, commandant de l’armée d’occupation. Ce furent pendant ses séjours à Milan et à Naples qu’il commença son importante collection d’œuvres d’art en peinture et objets antiques.   

            Les années qui suivirent furent des « années de gloire »( . Nommé colonel des chasseurs à pied de la garde consulaire. Jean-de-Dieu Soult fut le 18 mai 1804 élevé à la dignité de maréchal d’Empire. Le jour du sacre il caracolait avec le général Davout, autre commandant de la garde consulaire, aux portes du carrosse de l’Empereur. Dans le cortège qui pénétra à Notre Dame il marchait, de conserve avec Davout, derrière le Grand Ecuyer.

            A la suite de l’Empereur il s’illustra à Austerlitz, participa à toutes les glorieuses campagnes en Prusse et en Pologne. En 1807 il était gouverneur de la Prusse Orientale, en 1808 gouverneur de Berlin.

            En 1808, nouvellement titré duc de Dalmatie, il accompagna Napoléon, qui le considérait comme le meilleur tacticien d’Europe, dans la péninsule ibérique où la situation était dramatique : les Anglais occupaient le Portugal depuis 1806  et les Espagnols refusaient de reconnaître comme leur roi Joseph, frère aîné de Napoléon. Il y combattit, jusqu’en février 1813, avec des fortunes diverses,  mal secondé par Joseph et les autres généraux, les armées alliées anglaises et espagnoles sous les ordres du général anglais  Arthur Wellesley, futur duc de Wellington, aussi redoutable manœuvrier que lui.

             Le 8 juillet 1813, Soult  reprenait la route de Bayonne, jugé par l’Empereur, qui guerroyait en Russie, le seul capable d’empêcher Wellington d’envahir la France.

             Chassée de Madrid puis de Valladolid, l’armée française, qui avait fait retraite vers le Nord, venait d’être écrasée le 21 juin à Vitoria par les armées alliées. Seules les places fortes de Pampelune et Saint Sébastien tenaient encore.

             Joseph n’avait dû son salut qu’à la fuite, abandonnant un grand nombre de prisonniers, ses munitions, ses bagages et son trésor. Arrivé à Saint-Pé-sur-Nivelle, via Pampelune, il s’installa ensuite à Saint-Jean-de-Luz où il mena grand train, comme il en avait l’habitude, aux frais de la commune ainsi que l’attestent les factures des divers artisans et commerçants réquisitionnés pour loger et nourrir dignement José Primero, surnommé Pépé Botella par ses anciens sujets.

            Nommé lieutenant général, commandant de toutes les armées de la péninsule, fondues en une seule qui prit le nom d’armée des Pyrénées, forte de 82 000 hommes mais dont la plupart étaient des conscrits non aguerris, Soult essaya, sans y parvenir, dans le courant du mois de juillet, de débloquer Pampelune et Saint-Sébastien qui tinrent encore trois mois.

            Ce répit permit au maréchal, qui avait établi son état-major à Gorritienea chez le maire Joachim Labrouche, d’organiser la défense le long de la Bidassoa.  Mais le 9 novembre Wellington traversa la Bidassoa, le 10 les Anglais étaient à Urrugne malgré une résistance acharnée des Français, le lendemain ils rentraient à Ciboure, le soir ils campaient à Saint-Jean-de-Luz, et Wellington installait son état-major à Granga Baïta. Soult avait eu le temps de se replier sur Bayonne, à l’abri de ses fortifications, emmenant avec lui le maire et une grande partie des notables luziens et leurs familles.

             Depuis 1808, les Luziens avaient vu défiler les troupes : les « fraîches » se rendant en Espagne, les fourbues en revenant, et subi, souvent sans être rémunérés, les réquisitions pour les loger, les nourrir ainsi que leurs chevaux. Puis étaient arrivés les convois de malades et les cohortes de prisonniers qu’on ne savait où installer tandis que les pillages étaient de plus en plus nombreux L’occupation anglaise dura jusqu’en août 1814 appréciée, semble-t-il, par les notables, puisqu’une rue de la cité porta quelque temps le nom du lord vainqueur, et par la population, car les soldats anglais étaient disciplinés et l’état- major payait régulièrement le ravitaillement de ses hommes

            Soult tint presque trois mois devant Bayonne où Wellington essayait de l’enfermer et dont il s’échappa en janvier. La bataille la plus meurtrière eut lieu le 13 décembre 1813 à Saint-Pierre d’Irube Les hommes de Soult, mal équipés, mal nourris, résistèrent vaillamment aux assauts des Anglais deux fois plus nombreux. La rencontre finale eut lieu à Toulouse le 10 avril 1814. Napoléon avait abdiqué depuis le 6 avril. Wellington et Soult devaient se retrouver à Waterloo.

            Sous la Monarchie de Juillet Soult devint ministre de la guerre et par trois fois chef du gouvernement. Le 26 septembre 1847 le roi Louis Philippe le nomma « maréchal général de France ».

             Pour quelles raisons a-t-on attribué à notre petite rue du quartier Chantaco le nom du Maréchal Soult qui n’était pas Luzien ni même « un enfant du Pays » comme le maréchal Harispe ? Ce fut sans doute pour sa valeur militaire et pour avoir dirigé cette retraite de la Nivelle à la Garonne  qui fut qualifiée de «  «glorieuse ». Mais Jean de Dieu Soult méritait-il cet honneur, lui que Napoléon jugeait, certes, le premier manœuvrier d’Europe mais aussi le plus pillard, qu’il aurait dû faire fusiller pour l’exemple ?.

Sources :

1) Frédéric HULOT : Le Maréchal SOULT 

. Editions Flammarion ; Octobre 2003

2) Archives municipales de Saint-Jean-de-Luz

Rue Axular

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Le 13 août 1928, la principale voie du quartier Errepira, appelé à l’époque quartier Fargeot dont l’urbanisation avait commencé au début du XX e siècle, reçut le nom de AXULAR.
Le président de la Commission municipale chargée de la dénomination des rues, M. Petit de Meurville, dont nous avons souvent parlé dans cette rubrique, estimait que cette partie du chemin de grande communication No 22, dénommé route d’Ascain, « comprise entre le passage à niveau de la voie ferrée et la limite du plan d’extension de la ville », devait « être baptisée ».
Il déclara à ses collègues conseillers municipaux, qu’ayant « cherché dans l’histoire locale et régionale », il avait « trouvé Pierre Axular ».
Sans donner ses sources, il fit une courte biographie du personnage qu’il désirait honorer, prêtre, philosophe et écrivain de langue basque du XVII e siècle.
Pedro Aguerre y Azpilicueta naquit en 1556 (et non en 1572) à Urdax dans la maison Axular dont il prit le nom. Après des études au monastère de son village il partit étudier à l’Université de Salamanque. Ordonné sous-diacre à Pampelune en 1584, on le retrouve diacre à Lérida, prêtre à Tarbes. Il arriva à Saint-Jean-de-Luz en 1596, où il résida jusqu’en 1601. 
Excellent orateur « il y prêcha la parole de Dieu, au gré et contentement de l’évêque et gens de bien du dit pays ».
Sa nomination comme curé de Sare lui attira la jalousie d’un ecclésiastique qui prétendait avoir des droits sur la paroisse et lui reprochait d’être un étranger. Par lettres royales au Parlement de Bordeaux, Henri IV confirma Axular, soutenu par l’évêque Mgr de Echauz, à la tête de cette paroisse, alléguant que tous les Navarrais étaient ses sujets. Pierre Axular resta curé de Sare jusqu’à sa mort en 1644, à l’âge de 88 ans.
Durant cette longue période il continua les travaux d’aménagement de l’église, payant de ses deniers l’exhaussement des murs et du clocher. 
Forte personnalité il devint un héros légendaire dont les Saratar racontaient les exploits, surtout ses démêlés avec le diable,  pendant les soirées d’hiver, il y a, paraît-il, encore peu de temps.            

Pour les érudits Pierre Axular fut l’auteur du Gero, « ascèse pour arriver à l’au-delà avec succès à travers le christianisme (1)». 
Ce livre, écrit en labourdin, fut imprimé à Bordeaux, en1643, et réédité à la fin du XVII e siècle. La troisième édition, dirigée par le chanoine Inchauspé  fut publiée à Bayonne en 1864.
L’année suivante, considérant le « Gero » comme le texte le mieux écrit en langue basque, le prince Louis Lucien Bonaparte « fit apposer sur le tombeau » d’Axular « une plaque artistique avec une inscription en basque » :Pedro Axular, Ezkualdun izcribatzalletatic iztun ederrenarri ni Luis-Luziano Bonaparte euskarazaleak au ipini nion. Ez dago atsedenik ta edoi  gabe egunik zeruetan baizik. Ce que M. de Meurville traduisit : « A Pierre Axular, l’écrivain basque au parler le plus beau, moi, Louis Lucien Bonaparte, basquisant, j’ai dédié ceci : Il n’y a de quiétude et de jour sans nuage que dans les cieux. ». 
Et il exhorta ses amis « à rendre hommage à Axular, cet auteur et linguiste éminent, en donnant son nom à cette voie qui mène à Sare ». Saint-Jean-de-Luz avait eu à la fin du XIXe siècle trois voies portant le nom d’Ascain : une avenue devenue en 1887 l’avenue Jauréguiberry, une rue, renommée en 1927, à la demande de M. de Meurville, rue Chauvin-Dragon pour « éviter la confusion faite par les baigneurs entre la rue et la route d’Ascain ».C’était un an plus tard la route qui était rebaptisée. Si quelques vieux Luziens regrettaient les anciennes dénominations, ils pouvaient trouver quelque consolation en pensant que, avant Sare, la rue Axular conduisait toujours à Ascain !  

1-Citation extraite de l’Enciclopedia general ilustrada del pais vasco, Edition Aunamendi-Donostia Toutes les autres citations sont extraites des discours de M. de Meurville : Archives municipales.  

2-Une quatrième édition du Gero fut imprimée à Zarauz en 1954 et la dernière impression bilingue à San Sebastien. Au début du vingtième siècle quelques tentatives de publications dans des revues s’arrêtèrent aux premiers chapitres.

Rue de Belzunce

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Depuis le 12 novembre 1928 une rue de la ville porte le nom de Belzunce, patronyme  d’une famille dont les membres tinrent un rôle important dans l’histoire du Pays Basque, du XIIe siècle à la Révolution.

                 En cette fin d’année 1928, le vieil hôpital ayant été rasé, le Jeu de Paume déplacé, le nouveau Casino érigé, le quartier dit du « boulevard Thiers » avait pris l’aspect que nous lui connaissons de nos jours. Parmi les nouvelles rues créées restait à dénommer la rue, située entre le Boulevard Thiers et la rue Vauban, qui, par le grand escalier récemment construit, permettait  d’accéder de la plage au quartier Aice Errota dont l’urbanisation s’achevait. Monsieur Petit de Meurville, le Premier adjoint, proposa à ses collègues du Conseil Municipal de baptiser « la rue allant vers le grand escalier conduisant à Aice Errota en rue de Belzunce, nom d’une famille les plus importantes de l’Eskual Erria(1) ». « C’est, ajouta-t-il, pour justifier ce choix, dans leur château d’Ayhère(1) que fut signé le traité de paix en 1451 qui mit fin à la domination anglaise du Labourd qui redevenait français, dernier acte de la guerre de Cent ans ».

             Originaires de Juslapena, commune située à une douzaine de kilomètres de Pampelune, dont un des douze hameaux est appelé Belzunce, des de Belzunce (ou Belsunce) habitaient au XIIe siècle le château de Belzuncea (ou Belzuncia) à Ayherre . Construite sur une hauteur qui domine la vallée de l’Arberoue, cette  imposante forteresse médiévale, réaménagée au XVIe siècle, fut la résidence principale des seigneurs de Belzunce en Basse Navarre jusqu’au XVIIe siècle.

            En 1154 Roger de Belzunce acheta au vicomte de Dax la vicomté de Macaye.  Vicomtes de Macaye, dans le Labourd, donc vassaux du roi d’Angleterre depuis le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt en 1152,  les seigneurs de Belzunce  servirent fidèlement les rois de Navarre. Occupant à la cour de Navarre des charges importantes, ils  n’hésitèrent  pas à combattre les Anglais, sous la bannière des rois de France, tel Arnaud de Belzunce, « mesnadier » ( homme d’armes) qui, en remerciement de service rendus, reçut une pension du roi de France Philippe IV le Bel, qui avait épousé Jeanne de Champagne, héritière du royaume de Navarre.    

            A la fin du XIVe siècle, pendant la guerre de Cent ans, Garcie Arnaud de Belzunce, fidèle partisan de Charles II le Mauvais, fils de la reine Jeanne II de Navarre, petite-fille de Phimippe IV le Bel, était un personnage influent, bailli de Labastide-Clairance, châtelain de Garris et de Saint-Jean-Pied-de-Port, gouverneur de Pampelune. En 1380 il avait épousé l’héritière de la maison noble de Lissague, devenant ainsi par son mariage seigneur de Lissague à Saint-Pierre-d’Irube.

            Selon une légende, son fils cadet, Gaston Arnaud, dit le chevalier de Belzunce,  aurait, en 1407, plein de fougue et n’écoutant que sa bravoure, tué un dragon à trois têtes qui s’attaquaient aux hommes et aux bêtes dans la région de Bayonne et de Saint-Pierre d’Irube. L’audacieux  jeune homme trancha une tête de l’hydre monstrueuse mais périt dans le combat. A cette époque les armes des Belzunce furent modifiées, et portent désormais une hydre à trois têtes dont l’une est en partie tranchée.

            En 1450, à la fin de la guerre de Cent ans, Arnaud IV, seigneur de Belzunce d’Ayherre, vicomte de Macaye et de Lissague,  et son fils Jean participèrent à la reconquête du Labourd contre les Anglais, sous le commandement de Gaston IV de Foix, vicomte de Béarn, gendre du Roi de Navarre, nommé par le Roi de France, lieutenant général en Guyenne. Au cours de cette campagne rapidement menée, les Français, après avoir investi la place forte de Guiche, traversèrent le Labourd et arrivèrent jusqu’à Saint-Jean-de-Luz « qui les reçut sans manifestation hostile(2).

            Le traité de paix qui mettait fin à trois siècles de domination anglaise sur le Labourd fut signé au château de Belzunce à Ayherre, au printemps de 1451. Après avoir accepté la domination française, les Labourdins  prêtèrent serment  de fidélité à leur nouveau suzerain entre les mains de son représentant le comte de Foix, et moyennant  une contribution de deux mille écus d’or ils réussirent à conserver leurs privilèges.

            Jusqu’à l’avènement de Henri III de Navarre au trône de France sous le nom de Henri IV, les Belzunce, seigneurs de Belzunce en Basse-Navarre, vicomtes de Macaye et seigneurs de Lissague en Labourd, réussirent à mener de pair leur fidélité au Roi de Navarre et le service du Roi de France, à la satisfaction des deux monarques qui leur octroyèrent  de nombreuses faveurs. De père en fils, successivement maîtres d’hôtel, chambellans, « ricombres » ( conseillers) des Rois de Navarre, ils furent gouverneurs du château et de la ville de Dax, chargés de la garde des frontières de  la Guyenne, capitaines- châtelains de Mauléon et gouverneur de la Soule pendant plus d’un siècle.

            Jean V de Belzunce fut le dernier seigneur de Lissague qu’il vendit en 1615. Son fils Armand, vicomte de Méharin après son mariage avec l’unique héritière de la vicomté de Méharin quitta Belzunce pour résider à Méharin.  Ayant des difficultés  financières il se résolut à vendre, en 1640, la vicomté de Macaye à son gendre. Par mariage, la vicomté passa, en 1719, dans la famille des Haraneder. Nicolas de Haraneder, dernier vicomte de Macaye, n’ayant  qu’un très lointain lien de parenté avec les Belzunce,  fut le député de la noblesse du Labourd aux Etats Généraux de 1789.

            Inhabité et mal entretenu faute d’argent, le vieux château, déjà fort dégradé, et ses dépendances, furent vendus à la Révolution comme biens nationaux, son dernier propriétaire Dominique de Belzunce et son fils Jean ayant émigré.

             Au début du XIXe  Belzuncia était la propriété de Francis Jammes. A sa mort le nouveau propriétaire décida de démolir le vieil édifice pour en récupérer les pierres. Le 22 octobre 1956, les ruines du château furent sauvées de la démolition et inscrites sur la liste des sites protégés. L’architecte des bâtiments de France qui avait demandé cette inscription avait trouvé « le site beau », « la masse des ruines entièrement couvertes de lierre  impressionnante » et « d’aspect très romantique » « mais l’état de délabrement trop important » pour « envisager une restauration ».

            Il y a quelques années, lorsque la municipalité de Saint-Jean-de-Luz décida de changer les plaques des rues de la ville, il fallut choisir, parmi tous les de Belzunce, celui qui aurait l’honneur de représenter la famille. L’élu fut François-Henri, lieutenant colonel des armées, au XVIIIe siècle.

            Cela aurait pu être un autre Henri, son cousin et contemporain, renommé non pour ses exploits militaires, mais pour son courage et son dévouement pendant la terrible épidémie de peste qui ravagea Marseille, de 1720 à 1723, alors qu’il était évêque de cette ville.

            On aurait aussi pu choisir Armand IV de Belsunce dans le château duquel fut signé le traité qui, en 1451, entérinait le retour du Labourd, et donc de Saint-Jean-de-Luz, sous la domination du Roi de France.    

                

Notes

1) Registre des délibérations de Saint-Jean-de-Luz  de 1928

2)Joseph NOGARET :Saint-Jean-de-Luz, des origines à nos jours. Bayonne 1925

3)Jean-Marie REGNIER : Les Belzunce (Des origines à la Révolution) et Le château de Belsunce d’Ayherre  in EKAINA 1999.

4) Gilbert DESPORT : Le dragon de Lissague in EKAINA 2009

Rue Bague

Le14 février 1883, la rue située entre la rue Gambetta et la rue Saint-Jacques, connue sous le nom de rue de la Paix, devint la rue Jean Bague. Pour mériter cet honneur qu’avait donc fait ce personnage, qui ne fut Luzien qu’une dizaine d’années ?  
Né à Tartas dans les Landes en 1803, Jean Bague, instituteur à Hauriet, décida en 1831, de venir exercer sa fonction à Saint-Jean-de-Luz. Comme il prétendait posséder, depuis 1823, un Brevet de Capacité du second degré, sa candidature fut favorablement accueillie. Le 18 avril 1832 il fut autorisé à ouvrir une école… mais à titre provisoire. Il ne put présenter son diplôme, le recteur de l’Académie de Pau n’en retrouva la trace dans aucun  registre et nia que l’Administration pût avoir oublié de l’inscrire. Afin d’obtenir l’autorisation officielle d’éduquer les jeunes Luziens, Jean Bague dut repasser son diplôme
Quasiment accusé de tromperie, il ne se découragea pas. A peine installé, désireux de « recruter » le plus grand nombre d’élèves parmi la population aisée de la ville, il écrivit plusieurs lettres  et pétitions aux notables. Trois de ces missives  sont conservées aux archives municipales. Dans l’une d’elles adressée au Conseiller de Préfecture Leremboure, quelques mois après son arrivée, il se disait « ambitieux de (se) rendre utile au bien de ce pays », se vantait d’avoir envoyé une pétition à la Chambre des Députés et un mémoire au Corps Royal d’Instruction publique dans lequel il faisait «  ressortir les dangers que tous les français ne parlent pas la langue française ». Il déplorait que « l’Education (fût) à peu près nulle dans le Pays Basque » et déclarait avoir « mis en  usage méthodes, assiduités pour obtenir un heureux résultat ». Il assurait ses correspondants de son « zèle »de son « désintéressement », «  le bien de ce Pays étant devenu pour ( lui) un besoin ».
Jean Bague n’obtint pas le poste de professeur à l’école d’hydrographie dont il rêvait mais, en 1834, son diplôme enfin obtenu, il fut chargé de la direction de la première école supérieure, que la municipalité venait de créer. Elle n’était pas obligatoire, la commune n’ayant pas 6000 habitants, mais « la situation financière le permettait » et les édiles « désireux d’élever le niveau de l’instruction » étaient certains d’avoir choisi le meilleur enseignant « pour le rapport de la capacité dont il a déjà fait preuve, et pour le rapport de sa bonne conduite ».
Jean Bague fut digne de leur confiance. En bon pédagogue il chercha continuellement à améliorer son enseignement, « à le rendre positif ».En 1837 il demanda l’autorisation « d’introduire »dans sa classe de la comptabilité « en la donnant comme cours complémentaire » Mais son  principal souci fut d’apprendre à ses élèves la langue française. Pour remédier au manque de manuels il rédigea, en 1838, un  « Album grammatical ». La municipalité «  désireuse d’encourager l’étude de notre langue, dont la connaissance devient de jour en jour plus indispensable, et les efforts de M. Bague qui la propage »décida l’achat de 40 exemplaires, pour 80F, destinés aux élèves nécessiteux. Jean Bague, envisagea aussi de donner à ses élèves des cours d’agriculture. Passionné d’agronomie, il rédigea à leur intention un « Traité élémentaire de la science agricole ». Dès 1833 il avait envoyé au  sous-préfet un mémoire sur l’industrie de la soie et il avait reçu l’année suivante un mandat de 300f pour « continuer ses essais de la culture du mûrier et de l’éducation des vers à soie ». Des plantations de mûriers furent faites mais le climat  était trop frais et trop humide et dès 1850 il ne fut plus question de sériciculture à Saint-Jean-de-Luz. Mais Jean Bague était mort depuis plus de huit ans.   
Malgré sa compétence reconnue et ses initiatives pédagogiques louées par tous, M. Bague n’eut jamais beaucoup d’élèves. Il se plaignait fréquemment de ses médiocres ressources, accusant,  en particulier, le professeur de l’école d’hydrographie de « recevoir chez lui des jeunes gens  et de leur enseigner des matières en dehors de sa spécialité ». Autre sujet de plaintes de Jean Bague, la maison d’école, dont la salle de classe était inondée presque chaque semaine,  « de sorte qu’un nombre d’élèves (était) contraint de rester les pieds en l’air », tandis que  dans son logement tout aussi insalubre, la pluie, le vent et le froid arrivaient jusque dans son lit. En 1837, « pour assainir cette habitations » quelques réparations furent entreprises, notamment le déblaiement de décombres dans la ruelle voisine, rendus responsables des infiltrations des eaux pluviales dans la salle de classe. Sans grande amélioration, semble-t-il car les réclamations de M. Bague continuèrent.
Cette « humidité excessive » compromit-elle « gravement », comme Bague l’écrivit, la santé de l’instituteur ? Miné par la tuberculose, Jean Bague décéda  le 18 avril 1842 « enlevé par une mort prématurée ». Malgré plusieurs candidats à sa succession, le Conseil municipal décida la fermeture de l’école  primaire supérieure, une « expérience de plusieurs années (ayant) prouvé que les enfants quittaient tous le pays pour s’embarquer avant d’avoir atteint le degré d’instruction pour pouvoir prendre les leçons d’un instituteur du degré supérieur ».
Quarante ans plus tard les conseillers municipaux luziens, qui voulaient montrer l’ intérêt qu’ils portaient à l’instruction publique et dont certains avaient dû être les élèves de Jean Bague, pédagogue compétent et actif,  pensèrent à  lui pour donner son nom à une rue. Et bien que plusieurs rues et ruelles fussent encore sans noms, ils choisirent, pour perpétuer ss mémoire, de débaptiser la rue de la Paix, où il y avait eu jusqu’en 1853 une maison d’école.  

SOURCES : Archives municipales

Rue Barjonnet

28 septembre 1920 : la municipalité  décida de baptiser une quinzaine de rues desservant les nouveaux quartiers. L’une d’elles « entre l’établissement des bains et le boulevard Thiers », reçut le nom de Barjonnet.  

Vincent Barjonnet, dont les conseillers municipaux voulurent ainsi honorer la mémoire et perpétuer le souvenir, ne fut pas l’un de ces capitaines corsaires qui  firent la gloire et la richesse de la cité. Maire, de 1871 à 1870,  il peut être considéré comme le « père » du Saint-Jean-de-Luz que nous connaissons, car c’est sous son mandat que commença l’assèchement des marécages.  
Lorsqu’il naquit, le 1er septembre 1832, fils naturel d’une jeune femme de 19 ans, le petit Vincent n’était guère promis à devenir un jour le premier magistrat de sa ville. Il fut sans doute l’un des élèves du jeune instituteur Dumas, qui désirait faire des enfants des familles modestes qui lui étaient confiés « d’honnêtes gens et de bons électeurs ».
En 1848 il devint employé municipal en qualité de mande commun, sorte de factotum ou de saute-ruisseau, utilisé comme aide dans tous les services municipaux. Rentré par «  la petite porte » dans la maison commune, il ne quitta l’Heriko Etchea qu’en 1881, battu aux élections. Jusqu’au début de 1869 il resta mande commun, mais intelligent et zélé, très estimé par les deux principaux magistrats de l’époque, le maire Joseph Joachim Labrouche et le premier adjoint Gracian Goyenetche, il sut, avec habileté, se rendre indispensable. En 1855, qualifié « d’employé-régisseur », s’étant « par sa conduite, son activité, montré digne de la confiance de l’autorité municipale », il fut officiellement félicité, gratifié d’une prime de 75 francs. En 1856, ayant « droit à la reconnaissance de la municipalité et de tous les habitants de la ville, pour sa  conduite pleine de zèle et de dévouement », pendant l’épidémie de choléra, il reçut cent francs. Cette année-là,  bien que conservant son emploi de mande commun, il devint le régisseur de la  Société des Bains de mer, formée par « 24 personnes honorables » qui venait d’affermer la plage  au pied de la falaise de Sainte-Barbe. Pendant 12 ans, gestionnaire consciencieux,  il travailla à  l’aménagement et à la prospérité de l’établissement de bains. En 1868, la Société ayant été dissoute, il sortit enfin de l’ombre, se proposant pour reprendre la direction de l’établissement des bains, en y apportant de nombreux aménagements.  L’ascension sociale du nouveau fermier des bains de mer, considéré désormais comme un notable de la ville, propriétaire terrien, nantie d’une fortune rondelette, commençait.
En 1870, profitant d’une élection partielle, il devint conseiller municipal et fut réélu en août. En octobre il accepta, en  tant que « conseiller municipal délégué à cet effet » la charge de commissaire de police, dont personne ne voulait,  et suppléa, peu de temps après, Achille Fouquier,  mobilisé, dans les fonctions de maire. Il ne fut officiellement nommé par le préfet qu’en janvier 1871. Une double tâche l’attendait : protéger la ville des assauts de l’océan en continuant les travaux de constructions des digues et assainir le marais qui s’étendait entre la ligne du chemin de fer et la cité. Devenu depuis 1864 un vaste bourbier putride, rendu responsable des fièvres dont se plaignaient  les Luziens, le  marais s’offrait, dès leur arrivée, aux regards des « étrangers, dont l’affluence était à peu près la seule ressource de la ville », qu’il ne fallait pas prendre le risque d’éloigner. Ayant réussi à trouver les finances nécessaires, il obtint des Domaines, en 1873, la cessation de plus de 3 ha dépendant du lit de la Nivelle. Mais cinq ans plus tard, à cause de la mauvaise volonté des autres propriétaires, le quartier du Marais qu’il désirait édifier,« bâti autour d’une place carrée bordée d’arcades », n’était encore qu’un projet.  
En 1878, bien que réélu avec 17 de ses colistiers, il ne fut pas renommé maire, l’administration lui reprochant ses opinions bonapartistes. Relégué dans l’opposition, il ne put s’opposer au nouveau plan du quartier élaboré par son successeur ni à la démolition de l’établissement de bains de Sainte-Barbe.  De « constitution peu robuste », il mourut, le 17 février 1886, sa fin ayant été hâtée, d’après ses amis, par les avanies et les déceptions endurées, depuis son exclusion du pouvoir par les républicains. Les conseillers de 1920, dont certains avaient connu Vincent Barjonnet qui aimait dire qu’ « il était fils de ses œuvres »,  reconnaissant  des services   rendus à leur ville par l’ancien maire, fermier des Bains de mer, tinrent à réparer l’injustice qui lui avait été faite, en donnant son nom à cette nouvelle rue  longeant l’établissement de bains, construit en 1880, appelé la Pergola.

Sources : Archives Municipales « La vie municipale à Saint-Jean-de-Luz
 (1852-1907) E. HIRIART

Rue Cépé

La rue Cépé

 

Le 21 juin 1927 la municipalité décida de donner à la rue reliant le quartier du Lac à la route nationale le nom du capitaine corsaire Cépé

              Cette route, l’une des quatre prévues par le promoteur du quartier en 1882, était  connue sous le nom de route de Paris. Quelque quarante ans plus tard cette appellation fut  contestée par les nouveaux habitants, de riches « étrangers » qui avaient fait construire de belles villas. Pour eux « la route de Paris » était la route nationale et cette dénomination prêtait « à  confusion ». Ils demandèrent officiellement en septembre 1926 le changement du nom de leur rue.

             Sans doute très satisfait d’avoir un prétexte pour rebaptiser cette route dont le nom ne correspondait pas aux critères qu’il avait édictés - rappel d’un fait historique local ou régional, nom d’un habitant qui s’était distingué-, Monsieur Petit de Meurville décida de donner satisfaction à ces « baigneurs »(1). Faisant remarquer à ses collègues du Conseil Municipal que   chacune des rues d’Aïce Errota(2) avait le nom d’un Corsaire , il leur proposa de « désigner cette rue sous le nom de Cépé, qui se distingua par tant de faits d’armes que Louis XIV le manda à Versailles pour le féliciter comme il avait fait pour Jean Bart ».

            Comme d’habitude, Monsieur Petit de Meurville avait compulsé l’ouvrage de l’historien local Joseph de Nogaret : Saint-Jean-de-Luz des origines à nos jours, édité en 1925. Joseph de Nogaret lui-même avait puisé ses renseignements dans le livre de Léonce Goyetche, réimprimé en 1883 :  Saint-Jean-de-Luz Historique et pittoresque .  Après avoir évoqué Jean Bart et Duguay-Trouin, Léonce Goyetche écrivait : « On raconte que Louis XIV  honora également  Cépé, le redouté corsaire de Saint-Jean-de-Luz, la même bravoure sinon la même hauteur de succès, et qu’il le manda à sa cour pour lui adresser son compliment personnel ».

            Après Léonce Goyetche tous les historiens locaux (et ils sont nombreux) considérèrent comme véridique cette visite à la cour et les félicitations du Roi à notre corsaire, du moins jusqu’à la fin du siècle dernier ! Passionné par la « course » et les corsaires du Pays Basque Alfred Lassus eut la surprise de ne trouver aucun Cépé au XVIIe siècle… ni au XVIIIe siècle(3). 

            Mais, pendant les guerres du règne de Louis XV, au cours desquelles s’illustrèrent tant de corsaires luziens, il y eut un SEPE, nom parfois orthographié SEPPE(4), qui put se transformer en CEPE, car à cette époque l’orthographe des noms propres variait souvent.

           

             Fils de notaire, né en 1723, à Ossès en Basse Navarre, Jean Valentin Sépé, natif du Pays Basque intérieur, embrassa la carrière maritime.

            En 1747 il épousa une jeune fille d’Ahetze et le jeune ménage s’installa à Saint-Jean-de-Luz, Jean Valentin ayant été enrôlé en qualité d’enseigne sur  le Neptune, grosse frégate(5)  de 340 tonneaux, armée de 20 canons, avec 260 hommes d’équipage. Il fut à bonne école car le capitaine, le Luzien Joachim de Larréguy-Poyé était, malgré la soixantaine passée, un redoutable  corsaire.

            La paix revenue, le jeune homme suivit, entre deux campagnes de pêche, les cours de l’école d’hydrographie de Bayonne et il fut reçu capitaine de navire en février 1755.

            La guerre de Sept Ans (1756-1763) qui commençait allait lui permettre  de montrer ses qualités de meneurs d’hommes, sa bravoure au cours des combats. 

            A peine âgé de 29 ans, ayant obtenu un congé pour armer en guerre et en marchandises, il prit son premier commandement pour une campagne de course sur une pinasse(6) de 10 tonneaux, 2 pierriers, 24 hommes d’équipage, la Marie, de Saint-Jean-de-Luz ( La plupart des navires que commanda Sépé avaient des armateurs luziens ). Malgré la légèreté de son embarcation, son armement réduit et son équipage restreint, il fit - c’est le cas de le dire- une pêche fructueuse puisqu’il  arraisonna  trois navires anglais, dont deux lourdement chargés de morues.

            En 1759 il commanda  la goëlette(7) la Fidèle (45 tx, 4 canons, 8 pierriers) « pour aller trafiquer à Bilbao et au Portugal ». Lorsqu’il revint, un an et demi plus tard il avait capturé sept bâtiments de commerce ou de pêche, jaugeant de 80 à 250 tx, et en avait  rançonné un pour 270 guinées(8).

            A peine rentré il repartait en octobre 1760 sur la corvette(9) la Grande Serpente (150 tx).. En septembre 1761 il était sur l’Aimable Gabrielle. Ce furent deux autres campagnes fructueuses au cours desquelles il s’empara de 11 navires ennemis. A la fin de cette dernière course l’Aimable Gabrielle fut capturée mais Sépé échappa aux geôles anglaises, son bateau ayant été repris par un autre corsaire français, et le 24 juillet 1762 il rentrait avec une partie de son équipage au port de Bayonne.

            Infatigable il sortit à nouveau en course en octobre sur la frégate La Blonde de Bayonne et eut le temps d’arraisonner avant la fin de la guerre deux autres navires anglais.

            De 1763 à 1778 (début de la guerre d’Indépendance de l’Amérique), Jean Valentin Sépé fit plusieurs voyages à Terre Neuve et au Cap Français mais aussi du cabotage dans le golfe de Gascogne.

            Ce fut avec autant d’enthousiasme que, malgré son âge -il avait plus de 55 ans-, il reprit la course en octobre 1778, commandant l’Audacieuse de Bayonne, de 350 tx, 20 canons, 158 hommes d’équipage, le plus gros de tous les navires armés en guerre dont il avait assuré le commandement. Au mois de janvier 1779 il s’illustra en capturant deux corsaires irlandais et anglais, et le Roi lui accorda, ainsi qu’à son équipage, une gratification qui s’ajouta à la part très importante  qui lui revenait sur ses deux prises. 

            En 1782 il passa au service de la Couronne, avec le grade d’officier auxiliaire à bord des vaisseaux du Roi. Il mourut à La Rochelle et fut enterré à Rochefort en novembre 1783.

             Pour A. Lassus, Jean-Valentin Sépé, (Seppé ou Cépé), fut « l’un des meilleurs capitaines de corsaires de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure ayant capturé 20 navires ennemis et en ayant rançonné 5 autres ». Et s’il ne put pas être  reçu par Louis XIV, Jean Valentin Sepé fit preuve de toutes les qualités physiques et morales, toutes particulières, nécessaires pour assumer les lourdes responsabilités de capitaines de navires, et il mérite d’avoir son nom, même déformé, écrit au panthéon des corsaires luziens et sur une plaque de rue de la ville. 

 

Notes

1) Registre des délibérations de Saint-Jean-de-Luz.

2)Le quartier du Lac et celui d’Aïce Errota , construits à la même époque et par le même promoteur furent souvent confondus ou connus sous l’appellation : Le lac-Aïce-Errota.

3) Alfred LASSUS : Capitaines de navires et de corsaires de Saint-Jean-de-Luz  in « Monographie de Saint-Jean-de-Luz » Edition EKAINA (1994).      

 4)Frégate : Gros bâtiment à trois mâts, mais sa mâture peu élevée la rendait maniable au moment de l’abordage, elle  pouvait jauger jusqu’à 400 tonneau et  avoir  un équipage de 250 hommes.

4)F. JAUPART. Histoire maritime de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure aux XVII e et XVIII e siècles ».

5) Pinasse : Construction spéciale à Saint-Jean-de-Luz, petit vaisseau long et léger. Les pinasses de Saint-Jean-de-Luz s’étaient illustrées au siège de La Rochelle, sous le commandement du capitaine d’Ibaignette.    

6) Goélette : Bâtiment léger à deux mâts et voiles auriques ( quadrilatères irréguliers) ou triangulaires.

7)Guinée : Ancienne monnaie anglaise valant 21 shillings.

8) Corvette : Navire intermédiaire entre le brick ( voilier à deux mâts gréés à voiles carrées) et la frégate.

                         

   

           

 

                         

Rue Chauvin dragon

Le 21 juin 1927, la rue délimitant le quartier gagné sur le marais, connue sous le nom de rue d’Ascain,  reçut le nom de Chauvin-Dragon. C’était le nom dont 134 ans plus tôt avait été rebaptisée Saint-Jean-de-Luz.  
L’instigatrice de cette  appellation, en 1793, fut la  société révolutionnaire  formée  par quelques partisans de la Révolution, qui en juin devint la « Société populaire républicaine des amis de la Liberté et de l’Egalité ». Siégeant tous les jours, ne commençant les séances qu’après avoir chanté « l’hymne de la Liberté », les  membres de cette société,- dont le  plus influent était l’abbé défroqué Fonrouge-, administrèrent la ville en exerçant une surveillance constante sur le conseil municipal, pendant plus d’une année.
Ce fut à leur demande que le 6 octobre, les Représentants du Peuple près l’armée des Pyrénées-Occidentales, réunirent, sous le nom de Saint-Jean-de-Luz, les deux communes de  Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, dont les municipalités, jugées peu révolutionnaires, étaient soupçonnées d’incivisme. Le 19 novembre, ils décidèrent de changer le nom de la nouvelle commune, comme cela se faisait pour de nombreuses communes, surtout  pour celles dont le nom était celui d’un Saint. Après  proposition de plusieurs noms ils se mirent d’accord pour adopter celui de CHAUVIN, « un bon bougre de soldat qui périt glorieusement pour la défense de la liberté ». Et, « pour distinguer le nom de ce bon sans culotte de quelque nom pareil que porterait un coquin », ils ajoutèrent DRAGON, le soldat Chauvin étant affecté au 18eme régiment des dragons qui défendait la frontière contre les attaques des  Espagnols. Le 21 novembre 1793 ( 1er frimaire An II) la municipalité entérina la décision de la société révolutionnaire. A partir du 23 novembre le nom de « Chauvin le Dragon », puis « Chauvin Dragon » remplaça celui de Saint-Jean-de-Luz sur tous les actes officiels. L’union de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure dura jusqu’en 1800, mais  « Chauvin-Dragon »,  nom que la population n’avait jamais adopté, ne fut plus usité à partir de 1795.  
Ce dragon, auquel les révolutionnaires Luziens rendirent hommage en donnant son nom à leur ville, se distingua par son comportement héroïque dans les combats qui opposèrent les soldats français aux troupes espagnoles  retranchées à la Croix des Bouquets. Repoussés, les Espagnols se retirèrent sur une hauteur dite « Camp de Louis XIV ». Le 22 juin, Chauvin  fut le premier à entrer dans la  redoute. Le lendemain il s’illustra encore au cours de la contre-attaque espagnole, tuant deux cavaliers ennemis, mais il fut grièvement blessé à la cuisse d’un coup de pistolet. Il mourut le 2 ou le 6 août suivant, peut-être à l’hôpital de Saint-Jean-de-Luz, mais aucun acte ne signale ce décès, à cette époque, sur le registre de cet établissement. Chauvin ne profita pas de la gratification de trois cent livres qui lui fut attribuée pour son « trait de bravoure », ni de l’avancement proposé, mais il eut l’honneur posthume d’être choisi pour donner son nom aux deux communes voisines de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure  associées, par décision des représentants de la Convention, et dirigées par une seule administration municipale. La période qui suivit fut l’une des plus sombres de l’histoire des deux villes. Malgré la victoire de l’armée française qui le 17 pluviôse ( 5 février 1794) avait arrêté l’offensive lancée par les Espagnols sur Urrugne, les hostilités continuaient. La population qui manquait de ravitaillement était « dans une grande détresse ».Les ecclésiastiques et les bourgeois accusés de regretter l’ancien régime émigraient. Une guillotine avait été installée dans la venelle entre les maisons Lohobiague et Claret.              
Chauvin qui officiellement ne décéda pas à Saint-Jean-de-Luz n’était pas « un enfant de la ville »comme le croyait l’historien Joseph de Nogaret. M  Petit de Meurville, féru d’histoire locale, aurait-il proposé de rebaptiser la rue d’Ascain « du nom distinctif de « Chauvin-Dragon », s’il avait su  que le valeureux  dragon n’était pas originaire de la ville ,ni  du Labourd, mais du Jura ?  


 Sources : Archives municipales Pierre Haristoy : « Les paroissses du Pays Basque pendant la révolution » Article de André Lebourleux, « Quand Saint-Jean-de-Luz s’appelait Chauvin-Dragon, in publication Généalogie et histoire des familles Pays Basque Adour-Maritime n°39

Rue Fargeot

Dénommée pendant une cinquantaine d’années « rue de la Gendarmerie », cette petite rue reçut, le 1er septembre 1974, le nom de FARGEOT, en hommage à Jean Dominique Félix Fargeot, ancien propriétaire d’une grande partie des terrains sur lesquels le quartier Errepira  avait été loti . 

Né à Dax, le 11 mai 1831, où son père était Conservateur des hypothèques, Félix Fargeot était le petit-fils du notaire royal luzien Martin Dornaldéguy, lui-même fils d’un notaire royal d’Urrugne. 
Il reprit l’étude familiale à Saint-Jean-de-Luz.  

A peine installé, dès 1860, Me Fargeot fut élu conseiller municipal. Ses électeurs lui renouvelèrent leur confiance, le réélisant triomphalement  à chaque élection.  A partir de 1863, son principal souci fut la protection de la ville contre les nuisances du marécage qui la cernait, que les hautes marées ne pouvaient plus nettoyer depuis les travaux entrepris pour la construction de la voie ferrée, et dont les fonds ne cessaient de s’élever. Avec le Dr Henry Argelliès, qui rendait le marais responsable des fièvres intermittentes dont souffraient les Luziens, il participa  aux divers projets d’assainissement.
En 1868, il proposa « le passage, à travers son jardin, d’un canal collecteur, destiné à conduire les eaux insalubres jusqu’aux clapets existant dans l’avenue du chemin de fer ». Il faut dire qu’habitant une vaste maison entourée d’un grand jardin, sis en bordure du marécage, dont l’adresse était, en 1863, 10 quartier du Marais, il était aux premières loges pour souffrir des odeurs nauséabondes émanant de ce « marécage putride », de plus en plus fangeux. En 1869, le maire étant très malade, et le premier adjoint indisponible, il eut l’honneur, « en sa qualité de premier inscrit au tableau », de présider les séances du conseil municipal . Cela  ulcéra, semble-t-il, certains conseillers municipaux, particulièrement l’un de ses confrères notaire, Me Petit, qui refusa, après les élections de janvier 1870, et bien que Fargeot fût mandaté par le Préfet, de « prêter entre ses mains » le serment de fidélité à l’Empereur. Cet incident et l’animosité de quelques édiles dégoûtèrent-ils Me Fargeot de la vie municipale, ou préféra-t-il se consacrer à l’exercice de sa profession et à sa vie de famille ? A partir de 1870, déjà père de cinq enfants – il en eut neuf- il ne se présenta plus à aucune élection, continuant cependant à s’intéresser aux marais : celui qui s’étendait entre la voie ferrée  et sa maison, dont l’adresse était depuis 1864, 18 quartier de la Gare, et celui derrière la gare dont il possédait une grande partie. Il garda certainement quelque rancœur car ses relations avec les municipalités qui se succédèrent de 1870 à 1883, où continuait de siéger Me Petit, furent tendues. En 1879,  il menaça d’intenter à la commune un procès pour les terrains dont il était exproprié pour la construction de l’égout collecteur, sous le futur boulevard du Marais, contestant les indemnités proposées, les fréquents passages dans sa propriété qu’il estimait dévaluée.
Beaucoup plus cordiaux furent ses rapports avec les responsables municipaux élus à partir de1888. Ayant décidé d’assécher les terrains marécageux d’Errepira qui lui appartenaient à fin de lotissement, il obtint l’accord et l’appui de la municipalité heureuse de l’édification de ce  quartier « qui ne grevait pas les finances de la ville ». A la mort de leur père les frères Fargeot continuèrent son œuvre. Dès 1917 des échanges de terrains avec la commune leur permirent de créer un lotissement régulier d’une dizaine d’hectares, où s’installaient des usines de conserves de poissons, assurant du travail à de nombreux Luziens En1924 ils négocièrent, avec la ville et le conseil général, l’installation dans une de leur maison, sise 4 rue d’Ascain, l’installation de la brigade de gendarmerie qui y demeura cinquante ans.
En 1930 les onze rues « du quartier Fargeot », étaient incorporées à la voirie communale. Me Félix Fargeot  décéda  le 3 mai 1914, au 18  rue du Midi, dans sa maison qui, à cause des transformations successives du quartier, appelé depuis 1884 quartier des Halles, avait encore une fois changé d’adresse. Né dans cette maison en 1897, son petit fils, Jean Marie Narcisse Celhabe, également notaire, y résida et y mourut en 1987, au 4 rue Renaud d’Elissagaray ! Achetée par la ville cette propriété est maintenant incluse dans l’Îlot des Erables. 

Rue Gambetta

Les noms des rues portent la mémoire des villes. Sur chacune d'elles sont inscrit la date de naissance, de décès et la profession du personnage honoré. Une rue a le privilège d'être désignée par deux plaques : c'est la rue Gambetta également appelé Karrika handi (ou grand'rue).

Cette grand'rue était presque jusqu'à la fin du XIXe siècle, à la périphérie de la ville qu'encerclait les marais. Prolongement de la route venant de Bayonne, elle était souvent appelée pour cela Route Royale ou Route Impériale et après 1870 Route Nationale 10. A l'entrée de la ville se trouvait le relais de Poste ou comme beaucoup d'autres voyageurs s'arrêta le marquis de La Fayette qui partait en Espagne afin de s'embarquer pour l'Amérique. Pendant la Restauration elle fut nommée Rue d'Angoulême , en hommage au fils aîné du futur Charles X. Le duc était venu à Saint Jean de Luz le 8 février 1814 pour visiter "la première ville française libérée" à la fin du mois de novembre 1813 par un peloton d'immigrés servant dans l'armée anglaise dont il était le commandant. Sans attendre la chute de Napoléon il y avait fait reconnaître la monarchie restaurée, entouré des notables et du clergé, acclamé par les Luziens qui avaient orné leurs balcons de drapeaux blancs tout neufs. Il revint, comme il l'avait promis, la veille de Noël 1815, puis deux en 1823, à nouveau commandant de l'armée française, chargée de rétablir la monarchie absolue en Espagne.
Au cours du XIXe siècle, il fut plusieurs fois question de modifier le trajet de cette route pour faciliter la circulation. En 1836, au moment de la construction d'un nouveau pont sur la Nivelle, on projeta d'abattre les maisons face à l'église et jusqu'à la maison Louis XIV dont certaines dataient du XVIIe siècle. La municipalité s'y opposa. Cette démolition aurait gravement perturbé l'économie locale. La plupart de ces maisons appartenaient à des négociants et le haut de la rue était le quartier le plus commerçant de la ville. Quelques demeures furent détruites pour l'aligenement de la route mais la Grand'rue garda le tracé actuel.
Le proriétaire d'une des maisons était Joseph Joachim Labrouche, armateur, nommé maire de Saint Jean de Luz en 1808. En juin 1813, il accueillit chez lui à "Gorritienea", pour plus de quatre mois, Joseph Bonaparte chassé d'Espagne, puis le Maréchal Soult qu'il suivit dans sa retraite à Bayonne.
Il redevint le Premier Magistrat de la ville en 1818 et le resta jusqu'à sa mort en 1853. Malgré les réticenses des luziens il fit transférer en 1825 le cimetière qui cernait  l'église dans un terrain à "Aïce Errota". La même année, il fit ériger, sur une petite place à l'extrémité de la rue, la première fontaine publique alimentée par la source Ducontenia, 303 mètres après sa sortie de terre.
Cette fontaine appelée "Carricatchart" (en basque : Karrika Xarra, la vieille rue), était aussi dite "de la place de croix", à cause de sa proximité avec une croix plus ancienne. Réédifiée en 1903, elle existe toujours ainsi que la croix déplacée de deux mètres après 1905.
En 1883, la municipalité républicaine nouvellement élue décida de donner à la principale rue de la ville le nom de Léon Gambetta décédé l'année précédente. Avocat, ancien président du Conseil, Gambetta était surtout connu pour avoir quitté en ballon Paris assiégé par les Prussiens et organisé en province la résistance à l'ennemi. Après la création du quartier du Marais et la construction du boulevard Victor-Hugo, la rue Gambetta où "la circulation automobile était difficile", perdit au début du XXe siècle son statut de route nationale.
Dans la seconde moitié de ce siècle, devenue rue piétonniaire, elle mérite toujours son nom de "Karrika Handi", continuant d'être l'artère la plus animée et la plus commerçante de la ville.

Pierrette Bruyères
Sources : Archives municipales
Ekaina n°48 et 61 (Jean-Noël Darrobers)
Monographies de Saint-Jean-de-Luz Tome I et II

Rue Garat

Rue Garat - Cliquer pour agrandir l'image

Le 14 février 1883,la rue du Centre, « l’une des plus belles rues transversales de l’époque », fut rebaptisée « rue GARAT ».
Cette rue qui venait d’être prolongée par l’assèchement du marécage jusqu’au boulevard du Marais, était, avec la rue Gambetta sur laquelle elle débouchait, une rue commerçante, très fréquentée par les autochtones et les « étrangers », de plus en plus nombreux depuis la construction du nouvel établissement de bains.
A l’angle de ces deux rues était situé l’Hôtel de France  où descendait la riche clientèle française, espagnole et anglaise. Cet équipement hôtelier avait été complété en 1880  par  les Hôtels d’Angleterre  et de la Plage, bâtis à l’extrémité de la rue. 

Au début du XX è siècle, en bordure de la rue Garat et du boulevard Victor Hugo, et face à la Halle, fut érigé le bâtiment de  la Poste et du Télégraphe..  Par négligence, ou pour éviter de noircir trop de pages, quatorze autres rues ayant été dénommées le même jour, le secrétaire de mairie ne recopia pas dans le registre des Délibérations le rapport des édiles chargés de ces dénominations.
Faute vénielle assurément pour les contemporains mais qui, une centaine d’années  plus tard, causa quelques problèmes à la Commission de la culture désireuse de changer les plaques des rues et de les « personnaliser » en précisant le prénom du « parrain », car ce rapport ne fut pas retrouvé.    

Le patronyme Garat étant courant dans la région et nombreux étant les Garat à s’être illustrés au cours des siècles, on décida de se référer aux historiens locaux, deux d’entre eux ayant dans leur monographie de la commune écrit un chapitre sur « Les noms des rues ».Hélas ! leurs avis divergeaient…
Un historien attribuait le parrainage de la rue à un corsaire luzien, Bernard Garat. Ce capitaine de navire était, en  1810, le commandant du brick le Tilsit qui, au cours d’une croisière  de seize jours, avait arraisonné deux bricks, un américain chargé de farine, un anglais transportant du rhum et du café et un navire de 350 tonneaux, armé en guerre et en marchandises, dont les soutes regorgeaient de sucre, café, rhum, gingembre et bois de teinture  à destination de Londres. Pris en chasse à son tour par cinq frégates ennemies, leTilsit livra plusieurs combats, le dernier contre deux briks anglais fortement armés auxquels un gros bâtiment de guerre vint à la rescousse.
Mais, l’audace de son commandant et la bravoure de son équipage permirent au Tilsit de sortir victorieux  d’un mémorable combat et de trouver refuge, malgré ses avaries, dans le port de Pasajes.
Le second proposait Dominique Joseph Garat, né en 1749, dont le père, médecin, était un notable d’Ustaritz, capitale du Labourd  au XVIII e siècle.
A Bordeaux où il faisait des études de droit, et où son frère aîné Dominique était avocat, il se passionna pour la philosophie, s’initia aux idées nouvelles et fut introduit  par son frère dans la loge maçonnique l’Amitié.
En 1777 il « monta » à Paris. Inscrit avocat au Parlement, il fréquenta  les cercles littéraires et philosophiques. Il collabora aux principaux journaux de la capitale, participa à des concours d’éloquence organisés par l’Académie Française, se lia d’amitié avec Condorcet, Buffon, Madame de Staël, fille du financier Necker, futur ministre, connut Danton, Desmoulins et Robespierre. Malgré cette notoriété parisienne Dominique Joseph était resté très attaché à sa province du Labourd pour laquelle il réussit à obtenir le droit d’avoir une députation directe aux Etats Généraux, « les Basques demandant à ne pas être confondus avec Bayonne ». Le 25 avril 1789, pendant que la noblesse élisait pour la représenter Nicolas de Haraneder, vicomte de Macaye, que le clergé choisissait Jean-Louis Saint Esteven, curé de Ciboure, le Tiers Etat chargea les deux frères Garat, Dominique l’aîné et Dominique Joseph le cadet, de défendre les intérêts du Labourd, en sauvegardant les prérogatives administratives et judiciaires dont il jouissait….
La carrière politique de Dominique Joseph commençait !
Contrairement aux voeux de leurs électeurs, les deux frères emportés par l’enthousiasme général votèrent  dans la nuit du 4 août 1789 l’abolition de tous les privilèges. Tancés par les membres du Biltzar, réunis pour la dernière fois le 18 novembre 1789, les Garat s’opposèrent, en vain, à l’union du Labourd avec Bayonne et le Béarn au moment de la création des départements.
Quelques mois plus tard Joseph mécontentait à nouveau une grande partie des Basques en approuvant la constitution civile du clergé. Tandis que Dominique se retirait à Ustaritz , « Garat le Jeune » nommé par la Convention ministre de la justice eut le triste honneur d’annoncer à Louis XVI sa condamnation à mort . Ministre de l’Intérieur en 1793, il démissionna l’année suivante, accusé de n’avoir pas su - ou pu - maîtriser la disette qui sévissait dans Paris.
Après Thermidor il fut nommé commissaire à la Commission exécutive de l’instruction  publique, l’enseignement l’ayant toujours intéressé, lui-même professant l’Histoire ancienne au Lycée. L’accession de Bonaparte ne freina pas sa carrière politique : membre du Conseil des Anciens il participa à l’élaboration de la constitution de 1799. Sénateur sous le Consulat, membre de l’Académie Française, il devint comte d’empire en 1808. Retiré au château d’Urdains, près d’Ustaritz il y décéda en 1833. C’est lui qui a été  choisi en 1997 comme « parrain » de l’ancienne rue du Centre et dont le deuxième prénom est gravé sur la plaque de rue à côté du patronyme Garat  Choix sans doute judicieux si l’on se réfère aux idées républicaines, philosophiques et laïques du maire de 1883, Martin Guilbeau.
On peut, peut-être, regretter que cette plaque de rue ne soit pas restée sans prénom et la rue « parrainée » ainsi par tous les Garat, Luziens ou Labourdins, ayant mérité d’être honorés.                     

Pierrette Bruyères      
Sources : « Portua », Georges Pialloux « Saint-Jean-de-Luz en 1900 », Hubert Lamant-Duhart « Les rue Garat », Jacques Ospital Archives municipales
 

Rue Guilbeau

Depuis le 30 septembre 1994, une petite rue du centre ville, voie d’accès comprise entre la rue Gambetta et la rue du Midi, porte le nom de Martin GUILBEAU qui fut maire  de 1878 à 1888.

Martin Guilbeau, né à Urrugne en 1839, installa son cabinet  de médecin à Saint-Jean-de-Luz, en 1870, sans doute rue Sopite, où plusieurs actes d’Etat Civil indiquent son domicile.
Devenu très vite populaire il fut élu conseiller municipal en août 1870. Le 20 septembre il accepta la charge de commissaire de police dont il démissionna le 5 octobre suivant.  
Pendant quelques années, de 1870 à 1878, il exerça sa profession, très estimé de ses patients, consacrant ses loisirs à  des recherches historiques sur l’existence des Agoths au Pays Basque, mais aussi à la politique nationale et locale.
En janvier 1878 il mena la liste des républicains, opposée à la liste du maire sortant Vincent Barjonnet. Bien qu’élu  seulement en dix neuvième position, avec quatre de ses colistiers, le Préfet le désigna comme maire, à la mi-février, au grand étonnement des Luziens.  
Commencèrent alors pour Martin Guilbeau dix années d’intense activité, pendant lesquelles la ville, sous sa gestion, subit d’importantes transformations.            
Vincent Barjonnet, certain de retrouver son fauteuil de maire, avait présenté, début février, dans une session extraordinaire du nouveau conseil municipal, « les affaires qui devaient trouver une prompte solution » : l’endiguement de l’Artha et l’amélioration du port ; la création d’un nouvel établissement de bains (celui installé à Sainte Barbe étant sapé par les courants marins) ; la construction d’un casino, « nécessaire à la prospérité de la commune » ; l’éclairage au gaz ; la poursuite des travaux d’assèchement du marais et son urbanisation.
Malgré un conseil municipal hostile, Guilbeau réussit à obtenir  un emprunt de 140 000F, sollicité pour l’assainissement du marais, tandis que 700 000f étaient débloqués par l’Etat pour les travaux de  l’Artha et la fermeture de la rade. Habile politicien, il prit bien soin de faire connaître à ses administrés que c’était, grâce à l’appui de ses amis républicains, que la ville avait reçu ces subventions du gouvernement.  Reconnaissants les Luziens le réélirent avec toute sa liste aux élections de 1881 et de 1884.              
Libéré de toute opposition il put mener à leur terme, et selon ses désirs, la plupart des grands travaux projetés. 
Dès 1882 l’établissement d’hydrothérapie était construit à côté de l’établissement de bains déjà ouvert en 1880, et, tous les deux, placés sous régie municipale. Après 1881 le dossier du lotissement du Marais fut réétudié, son plan modifié, et le 1er octobre 1884, la halle était solennellement inaugurée par le Sous Préfet. Pendant ce temps, deux autres quartiers, dont l’urbanisation avait été confiée à un promoteur, naissaient sur les terrains marécageux de Lacua et sur les dunes d’Aice Errota. Depuis 1881 une centaine  de nouveaux becs de gaz éclairaient la ville, et à la fin de 1884 fut adopté le projet de  captage des eaux du ruisseau de la Rhune, qui allait permettre de résoudre le problème de l’approvisionnement de la ville en eau  potable,  pendant l’été.            
Durant cette période, Martin Guilbeau oeuvra beaucoup pour la promotion de l’enseignement. Dès février 1881 sans attendre  l’adoption de la loi par le Parlement, il établit la gratuité dans les écoles communales. En 1884, l’école de garçons, bâtie en bordure du Boulevard du Marais, accueillit ses premiers élèves le jour de l’inauguration des halles. L’école gratuite de filles, existait depuis 1882, mais elle fonctionnait dans les locaux de l’école des Sœurs de la Croix, avec des enseignantes religieuses. Laïcisée, elle fut installée Boulevard Thiers, dans un vaste bâtiment, dont, après un procès, Guilbeau venait d’expulser l’abbé Rèmes, directeur de l’ « Œuvre du Sacré Coeur », institution charitable, chargée d’héberger et  d’éduquer «  les enfants indigents ». Le personnel de l’école maternelle formé de religieuses, louées pour leur dévouement, fut aussi laïcisé, ainsi que celui de l’hospice.
Ces  dernières décisions furent jugées injustifiées par une partie de la population. La  dégradation des relations entre les ecclésiastiques locaux et les conseillers municipaux, qui  avaient supprimé leur supplément de traitement aux deux vicaires, fautifs d’avoir fait campagne contre eux aux élections de février 1884, inquiétait les Luziens. Catalogué désormais  comme chef de file des républicains anticléricaux, critiqué par ses opposants conservateurs pour la mauvaise gestion des finances de la commune , Guilbeau  fut battu aux élections de 1888. Il resta quelque temps président du Bureau de Bienfaisance  et de l’hospice, accusé, par le nouveau maire, de favoriser ses amis.
Martin Guilbeau, qui, dans sa jeunesse, avait obtenu des prix lors des concours de poésie en langue basque, organisés à Urrugne par Antoine d’Abbadie, avait continué à s’intéresser à sa langue maternelle, et de la défendre,  se liant d’amitié avec des bascophiles éminents des deux côtés de la frontière. En 1901 il fonda l’association « Eskualzaleen Biltzarra » créée, en dehors des questions politiques, religieuses et sociales,  « pour favoriser la conservation de la langue basque et sa culture ».  Accusé d’autoritarisme – défaut qui lui fut souvent reproché- il démissionna en 1904.
Lorsqu’il mourut, en décembre 1912, les républicains luziens étaient revenus à la mairie. Ils lui rendirent hommage, mais aucun d’eux ne proposa de perpétuer sa mémoire en donnant son nom à l’une des nombreuses rues encore sans appellation. Et en 1932, au moment de dénommer les rues bordant le nouveau groupe scolaire,  personne ne pensa à lui, bien qu’il eût reçu en 1887 les palmes d’officier d’Académie « pour l’établissement et l’affermissement de l’enseignement laïque ».
A l’occasion des préparations des festivités du centenaire de l’Artha, les membres de l’association « Les Récollets » s’aperçurent de cet oubli. La rue choisie peut sembler bien petite, mais Martin Guilbeau aurait certainement approuvé ce choix, heureux d’avoir sa rue donnant sur la rue Gambetta- ce grand tribun patriote qu’il admirait-,  qu’il avait baptisée en 1883.         

Sources : Archives municipales Saint-Jean-de-Luz, tome 2, éditions Ekaina

Rue Haraneder

Le 28 septembre 1920 le Conseil Municipal décida d'approuver les propositions de la commission chargée de la dénomination des rues de la ville. Douze rues ou avenues reçurent pour la plupart des noms de capitaines de navires, trois autres furent rebaptisées, dont la rue des Bains qui devaint la rue Haraneder.

La famille Haraneder fut, aux XVIIe siècles, l'une des plus importantes de Saint Jean de Luz et de Ciboure où Joannis de Haraneder venu du Pays Basque Sud se serait établi dans le milieu du XVIe siècle. Les Haraneder, négociants et armateurs avisés, capitaines de navires de pêche ou corsaires hardis, constituèrent "une véritable dynastie puissante, riche et honorée". Tous connurent une grande prospérité mais certains eurent une réussite et une renommée exceptionnelles.
L'un des plus illustres fut Joannot, né vers 1574, qui entra dans l'Histoire de France en 1627 lors du siège de la Rochelle. Très fortuné il arma à ses frais deux navires munis d'artillerie qu'il offrit au roi Louis XIII. En 1640,le roi l'anoblit et lui octroya des armoires. Il fit graver ces armes sur une plaque de marbre de la cheminée de la salle principale de la maison "Joanoenia" qu'il venait de faire édifier sur le port. Selon certaines sources, cette belle demeure, où la reine Anne d'Autriche et l'infante Marie-Thérèse résidèrent en 1660, aurait été un cadeau des autorités de la ville pour le remercier d'avoir fait construire de ses deniers, en 1623, un hospice pour les pauvres. Il fut élu par deux fois bayle de la cité.
C'est son, neveu Martin, nommé bayle en janvier 1660, qui eut l'honneur d'accueillir le roi Louis XIV le 8 mai de cette année-là. Un autre de ses neveux Johannis de Haraneder-putil, (qui aurait été ainsi désigné à cause de sa petite taille), fut bayle à plusieurs reprises. C'est lui qui fit enregistrer en 1696 dans le Grand Armorial de France les armes de la cités, si bien qu'on a longtemps pensé qu'il s'agissait de ses armes adoptées ensuite par Saint Jean de Luz. Il faut aussi marguillier (trésorier) de la paroisse à laquelle il prêta en 1649 la somme de "trois mille livres et dix huit seuls" pour l'agrandissement de l'église, se réservant le droit de conserver "irrévocablement" une sépulture qu'il possédait au premier rang de celles qui étaient près du choeur.
Joannot de Haraneder, dont l'actuelle plaque de rue rappelle le souvenir, fut un corsaire renommé à la fin du règne de Louis XIV.
Le plus célèbre et le plus riche fut certainement Jean-peritz, (1652-1730), petit fils de Martin qui devint vicomte de Jolimont en 1694.
D'abord capitaine de navire il commanda pour la pêche à Terre Neuve plusieurs bateaux appartenant à son père, puis il devint armateur. Propriétaire de dix-huit navires armés pour la pêche et pour la course qui firent de nombreuses prises, il acquit une fortune considérable évaluée à deux milions de livres. Très généreux, il secourut les marins de Saint Jean de Luz et Ciboure prisonniers des geôles anglaises pendant la guerre de Succession d'Espagne et fit des prêts considérables pour la subsistance des troupes des garnisons, ce qui lui valut la reconnaissance royale. Jean-Peritz acheta l'office anoblisant d'"écuyer, secrétaire du roi, maison et couronne de France, audiencier en la chancellerie et près la cour de parlement de Bordeaux". Par lettres patentes Louis XIV érigea en vicomté le château de Jolimont que Jean-Peritz possédait à Urrugne, et en fief de Jolimont sa maison de Saint Jean de Luz et un moulin à Ascain.
On peut se demander pourquoi les édiles de 1920 débaptisèrent la rue des Bains alors que l'établissement des bains devant lequel elle débouchait était en rénovation, et pourquoi donnèrent-ils le niom de Haraneder à une rue relativement éloignée du port et de la Maison de l'Infante ?
S'étaient-ils rendu compte qu'aucune rue ne portait le nom de cette puissante famille qui pendant deux siècles avait contribué à la prospérité et à la renommée de la cité ?
Mais les contemporains ne durent pas être étonnés de ce choix, car à l'époque, il y avait encore dans le quartier le ceil hôpital-hospice que la ville devait à la générosité de Joannot de Haraneder . (L'hôpital-hospice fut désacffecté en 1928).

Pierrette Bruyères
Sources :

  • Saint-Jean-de-Luz Tome I et II Ekaïna - articles de G. Desport et A.Lassus
  • Saint-Jean-de-Luz - Cité corsaire - H.Lamant-Duhart
  • Histoire maritime de Saint-Jean-de-Luz - F.Jaupart

Rue Ibaignette

Les diverses municipalités, désireuses de rappeler le passé à la cité en baptisant quelques rues des noms des corsaires qui avaient fait sa richesse et sa renommée, n'avaient que l'embarras du choix. Sur quels critères certains de ces hommes courageux, plutôt que d'autres, ont-ils été choisis ? Il est souvent difficile de le savoir. Mais il était juste de sortir de l'oubli le sieur d'IBAIGNETTE dont une petite rue du centre ville, entre le quai de l'Infante et la rue Mazarin, porte le nom.

Nous ne connaissons de ce sire Ibaignette, ni la date de sa naissance ni celle de son décès, ni l'ortographe exacte de son patronyme. Mais nous savons qu'un sieur d'Ibaignette s'illustra au siège de la Rochelle en 1627.
Il y avait à l'époque à Ciboure et St Jean de Luz, des Dibaignette. Il devait s'agir de Martin, ou Martinon, peut être Martignon Dibaignette, entré dans l'histoire sous le nom de N...d'Ibaignette ou d'Ibagnette, qui en 1625, était maître du bateau morutier La Catherine.
Depuis l'Edit de Nantes en 1598 les Rochelais avaient fortifié leur ville et accru leur flotte. Devenus presque indépendants pendant la Régence de la Marie de Médicis, ils osaient braver l'autorité royale et leurs vaisseaux n'hesitaient pas à piller ou rançonner les bateaux français naviguant le long des côtes. Les luziens, plusieurs fois victimes de ces écumeurs de mer huguenots, avaient obtenu de Louis XIII, en 1625, l'autorisation de construire et d'armer quatre vaisseaux "pour la protection de leur commerce en Terre Neuve". Et c'est avec enthousiasme et empressement que, deux ans plus tard, ils allèrent à la demande du cardinal de Richelieu, secourir les soldats français assiégés dans l'île de Ré par les Anglais, alliés des Rochelais. Ils armèrent quinze pinasses et chargèrent de vivres et de munitions vingt-six flûtes. Cette flotille importante, "battant pavillon rouge et noir aux armes de la ville", commandée par le sieur d'Ibaignette, partit rejoindre début septembre l'escadrille de Bayonne sous les ordres du capitaine Valin.
Malgré la canonnade de la flotte ennemie, grâce à leur rapidité et leur faible tirant d'eau, les pinasses réussirent à passer au-dessus des câbles qui fermaient tous les accès à la citadelle de Saint-Martin. Elles repartirent deux jours plus tard avec des malades et des blessés.
Dans une lettre datée du 6 septembre 1927, Louis XIII remercia le bayle et les habitants de Saint Jean de Luz "de l'envoi si efficace de leurs pinasses et mariniers". Il renouvela ses remerciements dans les lettres-patentes de 1632 qui confirmaient les privilèges de la ville. Le roi envoya à Valin une chaîne d'or et mille écus, et à deux capitaines basques, -sans doute d'Ibaignette et peut-être Jean Pellot d'Hendaye -, une médaille.
Ce secours étant suffisant, une escadre forte de plusiers bateaux, dont des pinasses sous les ordres du bayonnais d'Andouins, fit voile vers l'île de Ré qu'elle réussit à dégager du blocus anglais après plusieurs combats.
Le capitaine d'Ibaignette repris les campagnes de pêche et retrouva les aléas de la navigation et des rencontres iprévues : en 1631, il fut blessé par des Espagnols à la Barre et en 1638, il fut contraint de payer des droits aux anglais pour continuer à pêcher à Terre Neuve.
A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe plusieurs Dibaignette participèrent aux guerres de course ; ses arrière-petits-fils Etienne et François se distinguèrent par leur hardiesse et leur adresse, faisant plusieurs prises espagnoles, anglaises et hollandaises. En 1712, après avoir arraisonné trois navires ennemis, l'aîné, capitaine du "Soleil", brigantin de 50 tonneaux armé en guerre l'année précédente, périt en mer avec tout son équipage, sauf les marins chargés de conduire les bateaux capturés à Saint Jean de Luz. Mais c'était un de ces risuqes encourus par les corsaires, sans doute le plus fréquent et le moins glorieux !

Pierrette Bruyères

  • St Jean de Luz ville royale - Jean d'Elbée (ED. Michel Barberousse)
  • Les corsaires - Ducéré
  • St Jean de Luz historique et pittoresque - L.Goyetche
  • Capitaines de navires et corsaires in monographie de St Jean de Luz - A.Lassus
  • Archevies communales

Quai de l'Infante

Quai de l'Infante - Cliquer pour agrandir l'image

Ancienne Rue du Quai, cette artère luzienne rebaptisée, le 14 février 1883, Quai et Rue de l’Infante, évoque l’Infante Marie-Thérèse d’Autriche, qui épousa le Roi de France dans l’église paroissiale de Saint-Jean-de-Luz, le 9 juin 1660.   Plusieurs historiens locaux, l’un des premiers étant, dès 1856, Léonce Goyetche, ont narré la période glorieuse de l’histoire de la cité corsaire, qui, pendant une quarantaine de jours, du 8 mai au 15 juin 1660, devint un « petit Paris », la capitale du Royaume. 

Mais jusqu’à ce 14 février 1883, aucune rue de la ville, où le Roi avait décidé de célébrer ses épousailles, ne portait le titre de l’épouse : Rue de l’Infante ; - ( ce titre d’Infant ou d’Infante étant donné  aux  enfants des rois d’Espagne)..
C’est la rue du Quai, bordée, comme la rue voisine, dénommée ce même jour rue Mazarin, de  maisons datant des XVIIeme et  XVIIIeme siècles, qui fut choisie pour rappeler le souvenir de cette jeune femme, dont le mariage  avec le Roi de France, âgé comme elle de vingt-deux ans, était le gage de paix entre la France et l’Espagne.
Choix facile, cette rue, dans sa partie haute, longeant la plus belle et la plus élégante de ces demeures patriciennes, la Maison Joanoenia, où l’Infante avait résidé, le soir du 7 juin 1660.
Très vite les Luziens avaient pris l’habitude de désigner cette maison sous le nom de « Maison de l’Infante » et parfois de « Château de l’Infante » comme l’indique l’inscription commémorative gravée, au moment de travaux de restauration, en 1855.

«  L’INFANTE JE RECUS L’AN MIL SIX CENT SOIXANTE 
ON M’APPELLE DEPUIS LE CHASTEAU DE L’INFANTE ».

Arrivée dans un carrosse brodé d’or et d’argent ( qui avait coûté au trésor royal la somme de 75000 livres), escortée par le Roi entouré d’un grand nombre de courtisans et de  gardes, tous en grande tenue, « couverts de broderies, de plumes et de galons », caracolant  sur des chevaux harnachés «  de plumes et d’aigrettes », l’Infante-Reine avait, enfin, pu  prendre un peu de repos dans les appartements qui lui étaient réservés à Joanoenia.  

La jeune femme, qui allait y passer sa première nuit dans son nouveau royaume, venait de vivre l’une des journées les plus douloureuses de son existence. 
Quelques heures auparavant son père, Philippe IV d’Espagne, l’avait remise à son royal époux. Les adieux entre le père et la fille avaient été déchirants. Marie-Thérèse, qui s’était par trois fois agenouillée devant son père  pour recevoir sa bénédiction, avait manqué s’évanouir.
Philippe IV, d’habitude toujours impassible, avait pleuré et tous avaient pleuré : Anne d’Autriche, Louis XIV et son frère, et tous les membres présents  à cette touchante cérémonie d’adieux.
Tous savaient que cette séparation serait longue, sinon définitive. S’arrachant courageusement aux effusions, Marie-Thérèse était allée changer de toilette. Après avoir quitté sa lourde  robe à l’ample et longue jupe, à la mode espagnole,  qui l’engonçait, elle était revenue vêtue de sa première robe française, en satin incarnat brodée d’or et d’argent,  sa chevelure blonde ornée de   pierreries. 
Ainsi parée avait-elle paru plus avenante à son jeune époux, que quelques jours auparavant, lorsque, bravant l’interdit du Roi d’Espagne, il avait essayé d’entrevoir sa femme, avec la complicité de sa mère et du cardinal Mazarin, dans l’entrebâillement d’une porte ?
Il avait bien dû se rendre à l’évidence :  elle était presque une  naine, avec de petits yeux  bleus, de grosses joues et des lèvres épaisses, que la laideur de la coiffure, un horrible bonnet blanc, et  l’inélégance de l’habit rendaient encore plus disgracieuse. 

Il allait très vite s’apercevoir que l’intelligence de « cette poupée » était aussi limitée que sa taille. Le surlendemain la petite reine,  revêtue d’un somptueux costume de cour fait d’une « robe de brocart d’argent recouverte d’un manteau de velours violet semé de fleurs de lys d’or prolongé par une traîne de dix aunes de longueur » quittait Joanoenia,  pour se rendre à l’Eglise où allaient être  célébrées les noces,  précédée par le Roi, « en habit de drap d’or voilé de  dentelle noire »  Elle allait vivre 43 ans auprès de son époux, soumise et effacée, entourée de sa domesticité espagnole et de ses bouffons. Quand elle mourut Louis X IV, qui l’avait semble-il aimée, à sa façon,  déclara que c’était la première fois qu’elle lui faisait de la peine.   .        

Construite vers 1640, en « briques roses et pierres dorées », dans un style architectural inhabituel à la région qui rappelait les palais vénitiens, par le riche armateur Joannot de Haraneder, d’où son nom de Joanoenia, la Maison de l’Infante  appartenait, en 1660, à  Marie, fille aînée de Joannot.
En 1701 son propriétaire était le bayle de la cité, Joannis de Haraneder-Putil, qui y offrit l’hospitalité aux petits fils de Louis XIV et de Marie-Thérèse, le duc de Bourgogne et le duc de Berry, accompagnant à Madrid, leur frère Philippe, nouveau roi d’Espagne, qui logea à Lohobiaguenea. Au XIXeme siècle, vendue et revendue, ayant subi de nombreuses dégradations, la Maison de l’Infante  était, en 1854, la propriété d’un avocat parisien Emile Pécarrère qui y reçut Napoléon III . Le Luzien David Léon Daguerre l’acheta en 1872 et continua les gros travaux  entrepris par l’avocat parisien. En 1924 les deux façades est et sud furent inscrites aux Monuments historiques.                

Parmi les autres maisons du Quai de l’Infante, moins imposantes que Joanoenia mais plus  représentatives de l’architecture des grandes demeures bourgeoises luziennes du XVIIeme et XVIIIeme siècles, l’immeuble, sis 8 Quai de l’Infante, est également  inscrit sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, depuis 1994 : «  considérant que cette maison présente un intérêt d’art suffisant pour en rendre désirable la préservation, en raison de la qualité architecturale du XVIIeme siècle qui en fait un des immeubles les plus remarquables de Saint-Jean-de-Luz. »

                                                                                                                               SOURCES : Archives municipales Monographies de Saint-Jean-de-Luz ( édition EKAINA) La Gazette de Joanoenia ( 1998)

Avenue Labrouche

En 1898 une transaction, passée entre la Ville et la famille LABROUCHE, allait permettre de finir l’urbanisation  du quartier des Halles  que l’on appelait encore le quartier du Marais et dont le plan datait de 1881.

L’une des clauses entérinait le tracé définitif d’une voie publique, reliant directement la gare à la halle, qui serait terminée « dans un délai de deux ans » et prendrait le nom d’« Avenue Labrouche ». Cet accord. mettait  un terme aux  discussions, tractations et même procès qui avaient opposé, depuis 1869, les diverses municipalités à Joseph Joachim LABROUCHE (1810-1886), propriétaire de plus de  6 hectares de terrain vague et de marais, achetés en 1854, aux héritiers d’un dénommé Jacques GABION auquel la Ville les avait vendus en 1834 pour y installer des parcs à huîtres.            
Malgré les propositions avantageuses qui lui furent faites, les menaces de procédures d’expropriation, Joseph LABROUCHE  refusa  tout arrangement qui « ne lui laissait pas la vue libre sur la campagne ».
Cependant il ne s’opposa pas  au comblement du marais, à condition qu’il restât « sa propriété exclusive » et qu’il n’eût rien à débourser !
En 1888,  ses  enfants acceptèrent de négocier avec le nouveau maire conservateur, le Dr GOYENECHE. Malgré la bonne volonté des deux parties, « l’affaire des terrains LABROUCHE », comme l’appelaient les Luziens, ne se termina que dix plus tard. Entre temps la Ville avait dû racheter ces terrains aux Domaines, qui contestaient leur vente à Gabion et dont ils se prétendaient toujours propriétaires, pour les rétrocéder aux LABROUCHE.            
Les Luziens apprirent avec soulagement la fin de cet imbroglio juridique et financier  qui perturbait depuis si longtemps la vie de la cité, et  accueillirent favorablement la requête de la famille désireuse que la nouvelle rue portât leur patronyme. Le grand-père des signataires de la transaction,  Joseph Joachim LABROUCHE (1769-1853),  avait longtemps été maire de la commune.             Natif d’HENDAYE,  installé à SAINT-JEAN-DE-LUZ où il pouvait plus aisément exercer ses activités  d’armateur, exportateur et importateur, Joseph Joachim LABROUCHE devint rapidement l’un des plus  riches bourgeois négociants de la ville.            
Bonapartiste, il fut nommé conseiller municipal en 1808, puis maire huit ans plus tard. C’était le début de la guerre d’Espagne dont SAINT-JEAN-DE-LUZ  pâtit très vite. En 1813, lorsque les troupes anglaises envahirent la ville, M. LABROUCHE suivit  l’armée française qui se retirait à Bayonne. Il démissionna  le 6 avril de l’année suivante mais conserva son mandat de conseiller municipal.
Le 12 avril 1815, (c’était l’époque des Cent Jours),  le préfet le renomma maire. Mais il était à Paris  pour  affaires et ne fut pas intronisé. Il évita ainsi une deuxième destitution.            
La gestion de ses successeurs s’étant avérée désastreuse, il accepta de reprendre la tête de la municipalité le 18 juin 1818. .            
A cette époque la ville était peu peuplée : en 1831 elle comptait avec le quartier rural d’Acotz, 2860  habitants. Elle en eut 3032 en 1846 , après le rattachement d’une partie de la commune de Serrès. Les ressources étaient médiocres, la pêche étant en pleine décadence la seule source de profit était l’octroi. Pour «attirer les étrangers », et augmenter les revenus de cet impôt indirect, le conseil municipal vota, le 10 juin 1843, « le projet d’un établissement de bains de mer ». Sous l’impulsion de Joseph Joachim LABROUCHE la vocation balnéaire de SAINT- JEAN-DE- LUZ commençait .  
Joseph  Joachim  LABROUCHE, souvent absent à cause de son négoce mais fort bien secondé par son premier adjoint, Gabriel GOYENECHE , resta maire jusqu’à sa mort. Il avait été le Premier Magistrat de la commune pendant quarante ans malgré les différents régimes, deux Empires, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Deuxième République et les révolutions de 1830 et1848. Un beau record de longévité municipale !

Avenue Lohobiague

Le 28 septembre 1920, sept rues du quartier  AÏCE ERROTA , dont l’urbanisation avait commencé en 1881, furent baptisées de noms de corsaires.  L’une de ces larges  voies nouvelles, bordées d’arbres, « en face KER ALBERT vers Route de PARIS », ( rue CEPE depuis 1927 ), reçut le nom d’Avenue LOHOBIAGUE .  

Armateurs et négociants, capitaines de navires et corsaires le cas échéant, les LOHOBIAGUE  étaient au XVIIe siècle une riche famille de notables  dont quatre devinrent bayles. Alliés aux autres familles puissantes de la ville et principalement, à chaque génération avec les HARANEDER, ils contribuèrent à la prospérité et à la gloire de la cité.
Le premier bayle de la famille fut en 1635 François de LOHOBIAGUE. Capitaine de navire expérimenté et corsaire redoutable il fit plusieurs voyages vers Terre-Neuve. En 1627 il commanda l’un des quatre bâtiments chargés de la protection de la pêche et du commerce du Labourd et de la protection des côtes. Le roi Louis XIII avait octroyé par Lettres Patentes, après une requête des Luziens, des  passeports « pour les canons et poudre et autres choses nécessaires » pour quatre vaisseaux jaugeant chacun cinq cents tonneaux  que les habitants de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure armaient « pour la sûreté du royaume ». Certains historiens locaux prétendent que, « battant pavillon rouge et noir aux armes de la ville », ces vaisseaux  auraient rejoint la marine royale  au siège de La Rochelle.
Saubat de LOHOBIAGUE, capitaine de navires armés pour la pêche et la course, fut deux fois élu bayle. En 1637 il succéda à François  puis en 1646 à son cousin ou frère Joannis (beaucoup de prénoms identiques dans une même génération rendant difficile, faute d’une étude sérieuse de leur généalogie, les divers liens de famille des LOHOBIAGUE).
Il avait épousé Marie de HARANEDER, héritière de « Joanoenea » (plus connue à notre époque sous le nom de « Maison de l’Infante »). Mais il était mort lorsque Marie  reçut en sa demeure, le 8 mai 1660, la reine Anne d’Autriche et quelques jours plus tard l’infante Marie-Thérèse.
Bayle de 1644 à 1646,  Joannès ou Johannis de LOHOBIAGUE avait commandé,  de 1629 à 1633, plusieurs bateaux de pêche pour Terre-Neuve.  Devenu un armateur fortuné, il acquit en 1643 un terrain  marécageux situé en bordure de la place publique, où quelques années auparavant, les édiles municipaux avaient décidé de faire construire la mairie. Il y fit ériger rapidement une imposante maison à tourelles, l’une des plus belles maisons de la ville, « Lohobiaguenea », symbole de sa richesse et de sa réussite sociale qui, dit-on, aurait suscité des jalousies. Certains Luziens qui regrettaient  peut-être la maison commune projetée, ou qui n’appréciaient guère son propriétaire, la nommèrent ironiquement et perfidement « Mocorenea », ( de mokor : hargneux, grognon, ou mkokari : querelleur, batailleur). Johannis de LOHOBIAGUE mourut en 1649. Ce fut sa veuve Marie-Sol, surnommée aussi  Marie- Soleil, qui eut l’honneur d’héberger dans sa belle demeure, pendant quarante jours, le jeune roi Louis XIV, le Roi Soleil, venu se marier à Saint-Jean-de-Luz.
Marsans, leur fils, fut le quatrième bayle de la famille, en 1680 et en 1691. A « Lohobiaguenea »,que les Luziens commençaient à appeler « La maison Louis XIV », il accueillit, en 1701, Philippe V, petit-fils du roi de France qui allait à Madrid pour prendre possession du trône d’Espagne.
Faute d’héritiers mâles le patronyme LOHOBIAGUE s’éteignit.  Cette famille qui avait occupé  plusieurs fois la magistrature suprême de la ville et connu une grande notoriété tomba dans l’oubli, dont heureusement la sortit la municipalité de Adrien BARNETCHE en attribuant son nom à l’une des plus belles artères d’un nouveau quartier.        

Pierrette Bruyères   3100 signes  
Photos. Collection Jean-François Briscadieu  
Sources : 

  • Philippe Veyrin : « La Maison Louis XIV et la Maison de Ville de St Jean de Luz ( Archives)
  • André-Paul Leremboure : Lohobiaguenea, la Maison Louis XIV
  • Jean d’Elbée : St Jean de Luz, ville royale
  • Gilbert Desport. La Maison Louis XIV in Monographie de St Jean de Luz
  • Alfred Lassus Les corsaires luziens in Monographie de St Jean de Luz

Place Maréchal Foch

La place du Maréchal Foch

Depuis 1929 une place de la ville porte le nom du Maréchal Ferdinand Foch, généralissime des armées alliées à la fin de la Première guerre mondiale, qui eut l’insigne honneur de signer avec les plénipotentiaires allemands l’armistice du 11 novembre 1918.

           

            A Saint-Jean-de-Luz, en cette fin d’après-midi du 26 mars 1929, dans la grande salle de la mairie, la réunion du conseil municipal, prévue depuis quelques jours et présidée par le maire Adrien Barnèche, s’achevait, tous les sujets à l’ordre du jour ayant été épuisés.

            Mais le maire ne leva pas la séance. Solennellement, il prit la parole, la voix grave, pour rappeler que le matin de ce jour avaient été célébrées à Paris les funérailles nationales du maréchal Foch, décédé le 20 mars précédent, et qu’un service funèbre, organisé par la municipalité luzienne, avait eu lieu en l’église de la ville, en présence des nombreuses personnalités « appartenant aux nations alliées » ainsi que «  des généraux, des amiraux, et beaucoup d’autres officiers ayant pris part à la grande guerre » et « les diverses sociétés d’anciens combattants ». Il demanda que fût consigné sur le registre des délibérations « l’hommage que la ville a(vait) rendu à la mémoire du Grand Maréchal de France, généralissime des Armées Alliées, qu’il avait conduites à la victoire, libérateur de la patrie. », et qui avait droit à « notre inaltérable souvenir, à notre éternelle reconnaissance. ».

            Relayant le maire, le premier adjoint M. Petit de Meurville, rappela la douleur ressentie par les anciens combattants à l’annonce du décès du Maréchal, et les qualités dont Ferdinand Foch avait fait preuve, non pas seulement pendant le long conflit meurtrier encore si présent dans la mémoire de chacun, mais tout au long de sa vie.

            Après avoir porté à ce « grand vainqueur, au nom des anciens combattants luziens de terre et de mer, l’hommage de leur admiration et de leur inébranlable reconnaissance », M.de Meurville proposa de donner «  à la place, dite des Petites Allées, comprise entre le quai, la route nationale, la place Pluviôse, la Maison Louis XIV et la Mairie, le nom de Place du Maréchal Foch. ».

            Les conseillers municipaux approuvèrent à l’unanimité cette proposition.

            Pour honorer la mémoire du généralissime aucun autre emplacement ne pouvait mieux convenir : à l’entrée de la vieille ville, au débouché de l’avenue de Verdun, (ancienne avenue de la Gare, qui le 31 décembre 1916 avait reçu le nom de l’horrible et longue bataille où pendant les dix mois de violents combats un grand nombre de jeunes Luziens avaient été tués), tout près du square, dit aussi de Verdun, avec son monument aux morts, œuvre du sculpteur Réal del Sartre qui rappelait le sacrifice de ces 176 jeunes hommes tombés au Champ d’honneur pour la sauvegarde de la Patrie .

              Réflexion faite, ce ne fut pas la place « des Petites Allées » qui fut débaptisée pour devenir la Place du Maréchal Foch, mais la place voisine, la « Place Pluviôse », nom que les Luziens avaient tellement pris l’habitude de lui donner que presque plus personne ne semblait savoir que, depuis 1887, elle se nommait officiellement : « Place du 17 Pluviôse, An II »

            .

            En donnant à cette place, nouvellement aménagée après l’assèchement du marécage, le nom de cette journée du calendrier républicain, la municipalité de l’époque avait voulu commémorer la victoire de «  la poignée d’hommes », grenadiers du capitaine de  La Tour d’Auvergne et Chasseurs basques du général Harispe, pour la plupart de jeunes volontaires, qui avaient arrêté à la Croix des Bouquets, à Urrugne, ce 17 pluviôse An II (5 février 1794), les troupes espagnoles, plus aguerries et plus nombreuses, sauvant, par leur courage et leur détermination, le Labour de l’invasion ennemie.

 

 

            Ce fut avec satisfaction que les Luziens apprirent ce changement de dénomination  que quelques-uns réclamaient depuis longtemps, d’aucuns allant jusqu’à prétendre que ce nom de « pluviôse » risquait de décourager nos visiteurs en évoquant la pluie ! 

            En 1929, bordée de villas, -dont la plus imposante était, sans conteste, celle édifiée vers 1884 par le Dr Argelliès-, ombragée de platanes. la nouvelle place Foch, était, après la Place Louis XIV, la plus belle place de la ville. C’était aussi, depuis l’année précédente et la construction  de l’élégant Pavillon du Syndicat d’Initiative, la plus fréquentée par les touristes et les estivants, qui depuis la fin des hostilités avaient repris l’habitude de séjourner sur la Côte Basque ..           

            Incontestablement c’était cet endroit qui méritait de porter le nom du grand homme dans lequel, d’après Mr de Meurville les anciens combattants voyaient «  la personnification de la droiture, de la volonté et de l’honneur…. un grand manieur de troupes à la stratégie la plus sûre… mais aussi l’homme le plus simple, le plus loyal et le plus honnête ».

            Mr de Meurville ne se trompait pas… Tous les biographes du Maréchal Foch(1) ont insisté sur les qualités morales du personnage, son  intelligence, ses compétences militaires.

            Cependant cet homme, qui venait de mourir couvert de gloire et de décorations ( il était maréchal de France, de Grande Bretagne et de Pologne, Grand officier de la Légion d’honneur, membre de l’Académie Française), qui avait signé l’armistice mettant fin à quatre ans de tuerie, et qui était au  côté du maréchal Joffre en tête du défilé de la Victoire sur les Champs Elysées le 28 juin 1918, n’avait pas fait une brillante carrière. Il était resté douze ans capitaine, six ans chef d’escadron avant de devenir lieutenant-colonel. Ce ne fut qu’en 1907, que cet ancien polytechnicien, fut nommé général  (2 étoiles),… comme oublié au moment des promotions !. Et pourtant ses supérieurs ne tarissaient pas d’éloges sur «  sa vive et forte intelligence, son esprit militaire, son caractère sérieux, son jugement et son tact… »  Mais il était aussi très critiqué pour ses conceptions militaires –il prônait l’offensive en temps de guerre- et  surtout on lui reprochait «  la fragilité de ses convictions républicaines ». Il ne fut promu général de division – ultime grade de l’armée française qu’en 1911 (Il avait 60 ans !)

             En 1914, Joffre, chef d’état major général de l’armée, qui connaissait la valeur de Foch, l’appela auprès de lui. Pendant quatre ans il fut sur tous les fronts, infatigable malgré son âge. En  avril 1918 - avec le soutien de Georges Clémenceau, président du conseil et ministre de la guerre- il fut nommé généralissime des armées alliées. Malgré les coups de boutoir de vingt divisions allemandes Foch donna pour consigne d’ « attaquer sans relâche, de ne pas laisser la moindre rémission à l’ennemi, »  Tactique payante qui amena la victoire définitive.

 

            A Saint-Jean-de-Luz, le souvenir des héroïques soldats de l’an II ne fut pas oublié,  malgré le changement de nom de la place. C’est désormais une petite rue qui rappelle la victoire de ces hommes, qui, après ce 17 Puviôse An II,  réussirent à  repousser l’ennemi  chez lui, jusqu’à Saint Sébastien, animés du même patriotisme, à plus de deux cents ans d’intervalles, que les « Poilus » de la Première guerre mondiale, qui pleuraient, ce 29 mars 1929, le chef qui  «  les mena à la victoire et qui mit fin à cette grande lutte meurtrière ».(2)

 

 

Pierrette Bruyères

Notes

1) Jean AUTIN : FOCH

2)Registre des Délibérations de 1929 : allocutions de Adrien Barnetche (maire) et de André Petit de Meutville (Premier Adjoint)

Archives municipales

Rue Mazarin

Cette rue, bordée des plus anciennes et des plus belles maisons de la ville, faisait partie des quinze rues luziennes, baptisées, ou rebaptisées, le14 février 1883.  

Nous savons, pour l’avoir évoqué dans un précédent Berriak, que le compte rendu des délibérations des conseillers municipaux, ayant pris la décision de dénommer ces rues n’a pas été retrouvé. Par contre nous savons que cette rue fut la première à laquelle s’intéressèrent les membres de la commission chargée de ces nouvelles dénominations. Mais l’on peut se demander pour quelle raison ces élus désirèrent-ils  donner à une rue  le nom du cardinal Mazarin, et pourquoi choisirent-ils,  dans le  plus vieux quartier de la ville,  cette rue que les  anciens Luziens appelaient la rue de Mars ?
Sans trop risquer de nous tromper, nous pouvons penser que nos édiles voulurent honorer ce  cardinal Mazarin, grâce auquel Saint-Jean-de-Luz entra dans l’Histoire de France et, disons de l’Europe, lorsqu’il décida de s’y installer en 1659, pendant les pourparlers de paix avec l’Espagne.
Aussi épuisées l’une que l’autre par de longues années de guerre, l’Espagne et la France cherchaient à y mettre fin par un traité de paix qui, tout en apportant des avantages au vainqueur, la France, ( dont l’armée commandée par Turenne venait de battre les troupes espagnoles près de Dunkerque), ne serait pas trop déshonorante pour le vaincu. Dans la mentalité de l’époque cela passait par une union entre le jeune roi de France et l’Infante d’Espagne. Après avoir hésité quelque temps le roi d’ Espagne donna son accord, les négociations de paix pouvaient commencer. Le Premier ministre, le cardinal Jules Mazarin et son homologue espagnol don Luis Mendez de Haro décidèrent de présider eux-mêmes les réunions et de se rencontrer à la frontière franco-espagnole, soit au couvent des Recollets, soit au château d’Urtubie ; mais le roi d’Espagne s’y opposant, il fut décidé qu’elles se tiendraient dans une île de la Bidassoa, connue sous le nom d’île des Faisans.
Le cardinal Mazarin arriva, dans un équipage luxueux, le 28 juillet 1659 à Saint-Jean-de-Luz, dernière ville française avant la frontière, peuplée de plus de douze mille habitants, déjà très renommée pour l’importance de sa pêche, la bravoure de ses corsaires et la richesse de ses armateurs. Le presque vieillard, pourtant seulement âgé de 57 ans, que les Luziens reçurent avec tous les honneurs dus à son rang, ( ce qui leur coûta fort cher), perclus de goutte, souffrant d’ulcères aux jambes mais aussi de coliques néphrétiques et de gravelle, ne ressemblait plus physiquement au jeune Giulio Mazzarini, fringant cavalier et diplomate de Sa Sainteté le pape Urbain II, qui avait rencontré le cardinal de Richelieu  en 1630. Mais il avait gardé la vive intelligence et les dons de diplomatie qui avaient séduit Richelieu, puis le roi Louis XIII, qui le prirent à leur service après lui avoir octroyé des «  lettres de naturalité »  en 1639.
Les tractations et discussions durèrent plus longtemps que prévu ; il y eut 24 conférences de plus de cinq heures chacune, du 13 août au 7 novembre,  pour qu’Espagnols et Français réussissent à s’entendre sur les concessions territoriales faites par les deux parties, le pardon que les Espagnols demandaient pour le prince de Condé qui avait trahi Louis XIV et surtout sur les clauses du mariage entre le roi et l’Infante. Le cardinal quitta Saint-Jean-de-Luz le 14 novembre pour y revenir l’année suivante afin d’assister aux célébrations du mariage royal. La maison dans laquelle logea le cardinal Mazarin pendant ce premier séjour semble –ce qui est étonnant- n’avoir été signalée dans aucun document  de l’époque. Dans son « Saint-Jean-de-Luz, historique et pittoresque », paru en 1856 et réédité en 1883, l’historien local Léonce Goyetche, raconte qu’ « un jeune archéologue » (dont il ne donne pas le nom)  « croit » par un heureux hasard « avoir trouvé la résidence cherchée dans l’antique maison Chibau, aujourd’hui maison Dasconaguerre, qui s’élève entre le château de l’Infante et la mer », donnant « comme preuve le chiffre et les armes de Mazarin peints au plafond de la grande salle et récemment découverts sous le badigeon qui les cachait. ». Les conseillers municipaux de 1883, qui débaptisèrent la rue de Mars pour lui donner le nom de Mazarin connaissaient la découverte du jeune archéologue et la maison Chibau fut désormais surnommée maison Mazarin. Cette maison fut  détruite en 1913.
A sa place a été reconstruite, au numéro 14 la villa Ugaina.  Plusieurs maisons de cette rue, dont certaines étaient déjà construites lorsque Mazarin vint à Saint-Jean-de-Luz., existent encore, remaniées au cours des siècles, mais toujours aussi belles, témoins de l’architecture des XVII e et XVIII e  siècles. Côté impair le passant peut admirer la maison Ornoaga « qui date du XVI e siècle et dans sa forme définitive du XVII e siècle », sa voisine, Saint-Jean Baita, un peu plus loin la façade arrière de Benjamin Baita de la fin du XVIIe et à côté la Maison Saint-Martin, du début du XVIIIe.
Au numéro 2 est Granga baita,(1680) qui accueillit Napoléon Ier, venu inspecter le port pendant son séjour bayonnais en 1808, et en 1813, l’amiral anglais Wellington qui y installa son Etat major. Le numéro 6 remonte au premier tiers du XVIIe siècle, la Maison des Trois canons,  ainsi dénommée à cause de ses gargouilles décoratives, date elle aussi du début de ce siècle, comme Alexandrenia , transformée en 1690  puis au XXe siècle .En 1883 la rue aboutissait à une petite place dite de La Tour d’Auvergne.
Titré par Napoléon Ier « Premier Grenadier de France » La Tour d’Auvergne, dont le régiment Angoumois d’infanterie était basée à Bayonne en 1789, chargé de s’occuper des travaux au port de Saint-Jean-de-Luz, avait logé à Corchu Baita (au numéro 18). 
La rue du Vieux chantier qui prolongeait la rue de Mars a elle aussi disparu,  comme les trois quarts du quartier, dit  de la Barre, inexorablement engloutis par les tempêtes océanes au cours du XVIII e siècle .

Rue Michel Le Basque

Rue Michel le basque

 

Située au quartier Aice Errota, une rue porte, depuis

le 12 novembre 1925, le nom de Michel le Basque,

célèbre flibustier du xviie siècle.

 

ux xvie, xviie et xviiie siècles on donnait le nom de flibustiers à des aventuriers

qui fréquentaient les rivages des Antilles et de l’Amérique du Sud. Leur point

de ralliement était l’île de la Tortue, au nord de Saint-Domingue, ainsi nommée

à cause de sa forme par Christophe Colomb. Ils y cohabitaient avec les boucaniers,

chasseurs de boeufs sauvages, parmi lesquels ils recrutaient une grande partie de leurs

troupes.

C’étaient des pirates, sillonnant les mers, du golfe du Mexique à la mer des Caraïbes, pour

arraisonner et piller les bateaux de commerce, n’hésitant pas à attaquer les convois de galions

espagnols chargés de métaux précieux, pourtant protégés par des navires de guerre,

organisant des expéditions contre les riches possessions espagnoles, mettant à sac les villes

dont ils rançonnaient les habitants quand ils ne les tuaient pas ! Malgré les butins ainsi

amassés, ces forbans finissaient souvent fort mal : ceux qui n’avaient pas été tués ou fait

prisonniers pendant les combats, et donc pendus, disparaissaient en mer ou s’entretuaient

pendant les orgies et beuveries qui duraient tant qu’ils avaient de l’argent.

Était-ce parce qu’ils opéraient dans les mers lointaines, souvent avec panache et courage,

était-ce parce qu’ils attaquaient surtout les navires espagnols et écumaient les territoires

sous domination espagnole, était-ce aussi parce que, parmi eux, il y avait de nombreux

Français, ces flibustiers jouissaient dans le royaume de France d’un certain prestige, particulièrement

au Pays Basque à cause de la proximité de l’Espagne.

Dans la deuxième moitié du xviie siècle deux flibustiers, originaires de la province du Labourd,

s’illustrèrent par leur audace et leurs témérité : le chevalier de Gramont, descendant

de la famille des princes souverains de Bidache, et Michel le Basque que l’on disait originaire

de Saint-Jean-de-Luz.

Après avoir commencé une carrière dans la marine royale, le chevalier de Gramont était

passé à la flibuste, s’étant rendu compte que travailler pour soi était plus rentable que de

combattre pour le roi. Arborant sur sa frégate le pavillon des pirates, noir à tête de mort

« au-dessus de sa flamme blasonnée d’or au lion d’azur armé et lampassé de gueules »,

il acquit une grande réputation aux cours de plusieurs abordages de vaisseaux espagnols

et hollandais. Son plus grand exploit fut le sac, avec deux autres capitaines flibustiers, de la

ville de Vera Cruz, au fond du golfe du Mexique, dont ils s’emparèrent « sans coup férir »

malgré la forte garnison censée la défendre. Le butin amassé, énorme : six millions d’or et

de pierres précieuses, dont le partage fut âprement disputé entre les trois compères, fut

vite dépensé « au jeu et à la débauche ». Le chevalier de Gramont, âgé d’une cinquantaine

d’années, disparut en mer au cours d’une expédition au Petit Goave.

Encore plus renommé pour sa grande bravoure au moment des combats que le chevalier

de Gramont, et très redouté pour sa férocité envers les vaincus, Michel dit le Basque, était

arrivé à l’île de la Tortue à la suite d’autres brigands comme lui. Très vite il avait acquis de l’ascendant sur les autres flibustiers qui lui obéissaient aveuglément.

 

En 1666, en compagnie d’un autre capitaine flibustier français, Nau l’Olonnais, il décida de monter une expédition pour s’emparer de Maracaïbo, ville du Venezuela, située à l’extrémité nord-ouest du lac du même nom formé par la mer des Antilles. C’était une cité prospère peuplée d’environ quarante mille habitants, protégée par un fort muni de 14 canons, dont la garnison comptait deux cent cinquante hommes.

Les Espagnols y construisaient des navires, et sa principale activité était le commerce. En quelques jours les deux compères recrutèrent près de quatre cents forbans. Après avoir navigué toute la nuit ils arrivèrent devant Macaraïbo à la pointe du jour. Mais une vigie les aperçut et donna l’alarme. Michel le Basque décida de donner l’assaut et à la tête de ses hommes il attaqua le fort. Le combat fut rude et meurtrier mais les flibustiers plus aguerris réussirent à pénétrer dans le fort dont ils massacrèrent une grande partie de la garnison. La plupart des habitants de Maracaïbo avaient réussi à s’enfuir avec leurs biens les plus précieux à Gibraltar(1).

Après avoir fait ripaille pendant plus de quinze jours les flibustiers décidèrent de s’emparer de  Gibraltar où, profitant du répit que leur avaient laissé les forbans, les réfugiés avaient organisé leur défense.

Les flibustiers durent emprunter la seule route restée encore praticable, où ils ne pouvaient marcher que six de front, sous les tirs nourris des batteries du fort. Sous la mitraille Michel le Basque exhortaient ses hommes. Ce fut un carnage du côté espagnol mais les flibustiers eurent de lourdes pertes.

Victorieux, ayant récupéré un trésor évalué à cinq millions et fait plusieurs prisonniers dont ils comptaient bien obtenir une forte rançon, les flibustiers festoyèrent à Gibraltar pendant six semaines, au milieu des cadavres. Après avoir incendié la ville ils revinrent à Maracaïbo qu’ils pillèrent, notamment les églises dont ils emportèrent les ornements, les tableaux, les sculptures, jusqu’aux croix des clochers, pour les transporter dans l’île de la Tortue, afin d’y bâtir une chapelle.

Tant qu’ils eurent de l’argent ce ne furent que « danses, festins, réjouissances » dans les cabarets et les « maisons des femmes».

L’année suivante avec seulement quarante hommes Michel le Basque surprit Maracaibo, fit prisonniers plusieurs riches bourgeois de la ville qui, pour recouvrer la liberté, lui versèrent « sur le champ une somme importante ». Pendant quelques années, en compagnie d’un autre flibustier Junqua de Bayonne, il pourchassa les navires espagnols. Puis l’on n’entendit plus parler de lui et l’on ne sait quand il mourut ni comment… sans doute disparu en mer comme son noble compatriote

le chevalier de Gramont. Michel le Basque, qui de son vivant était déjà renommé pour sa bravoure, devint, après sa disparition, un héros légendaire, glorifié pour ses faits d’armes et pour avoir causé, à lui seul, autant de tort à l’ennemi espagnol que, disait-on, plusieurs armées. Cette légende n’aurait sans doute pas suffi à M. André Petit de Meurville(2) pour qu’il proposât à ses collègues de donner le nom de ce célèbre flibustier à une rue de la ville, s’il n’avait pas fait confiance à l’historien local Joseph

Nogaret qui citait Michel le Basque parmi les corsaires luziens s’étant « distingués au xvIIe siècle par la capture de plusieurs navires ».

Pierrette Bruyères

Rue Monseigneur Bellevue

La Rue Mgr Paul Bellevue

 Une rue du lotissement « Urquijo Baïta » porte le nom de Monseigneur Paul Bellevue qui fut le curé-doyen de la ville de Saint-Jean-de-Luz de 1909 à 1946.

            En 1953, la population ayant beaucoup augmenté depuis la fin de la guerre, la municipalité décida d’acheter deux terrains situés entre le quartier Errepira et le quartier Habas, appartenant, l’un à Mme veuve de Urquijo, l’autre, plus petit, à M. Pelayo Olazabal, pour y construire un lotissement communal. Le lotissement prévu (environ 300 logements) devait comprendre des lots pour maisons individuelles et des zones réservées à des immeubles de plusieurs étages. Commencés en 1955 les travaux furent retardés par des problèmes de voirie : la construction de la route de desserte du lotissement et la déviation de la R N 618.

             Le 10 octobre 1962 les conseillers municipaux décidèrent de donner à la route du lotissement « Urquijo Baïta », reliant le chemin de Habas à la rue principale, l’avenue Marcel Hiribarren, le nom de Monseigneur Bellevue. Ils désiraient «  perpétuer le souvenir d’un homme au grand cœur animé d’un esprit de charité et de bonté extrêmes, qui pendant de longues années présida aux destinées chrétiennes de la ville. »

            Quel bel éloge, en peu de mots!!

            Paul Bellevue (Dominique, Louis, Théodore, pour l’état civil) était né le 6 avril 1866. Son père, capitaine au long cours, mourut à Montevideo quatre ans plus tard. Sa mère, jeune veuve de 26 ans, s’installa dans la propriété familiale de « Dagieu Baïta » où elle et son fils menèrent une vie quasi paysanne, l’urbanisation du quartier « Aïce Errota » n’ayant commencé qu’une vingtaine d’années plus tard. En 1878 le jeune garçon entra en qualité d’interne au petit séminaire de Larressore où, nous dit un de ses biographes le chanoine Narbaitz, l’adolescent, «  de nature fragile, courtois et délicat » s’adapta difficilement. Après le baccalauréat et une année passée auprès de sa mère, sur de sa vocation sacerdotale, il partit continuer ses études à Paris, au séminaire Saint Sulpice, mais deux ans plus tard revint à Bayonne, projetant d’être prêtre dans ce diocèse du Labour.

            Ordonné prêtre, le 2 juillet 1889, il fut nommé, à peine âgé de 24 ans et à son grand désappointement car il désirait être vicaire puis curé, directeur du grand séminaire. L’année suivante il obtint un vicariat à Hendaye où il resta dix-neuf ans, d’abord vicaire puis curé, unanimement apprécié de ses ouailles.

            C’était à l’époque un homme élégant, plutôt frêle, « une chétive personne », comme il disait lui-même, mais plein de vigueur, marcheur infatigable qui n’hésitait pas à parcourir la vaste campagne hendayaise et plus tard celle d’Acotz pour aller visiter ses paroissiens. Sa voix était douce, mélodieuse. Paul Bellevue ne fut pas un grand prédicateur, mais dès l’abord le personnage, doté d’un ascendant hors du commun, dégageait « un extraordinaire courant de chaleur humaine ».

            En 1909 l’évêque de Bayonne qui connaissait les qualités de pasteur de Paul Bellevue le nomma curé-doyen de la paroisse de Saint-Jean-de-Luz. Il espérait que le nouveau chef spirituel de la ville dont on louait le charisme, réussirait à apaiser les tensions qui, depuis une trentaine d’années et l’élection du maire républicain Martin Guilbeau, existaient entre les Luziens, en politique comme dans le domaine religieux. En 1905 la loi de séparation entre l’état et les églises avait exacerbé les passions. En 1909 l’extrême excitation qui s’était emparé des Luziens au moment des inventaires des biens de l’église, deux ans plus tôt, s’était apaisée mais les ressentiments entre Xurriak et Gorriak étaient toujours  vifs.

            Le nouveau curé-doyen s’affirma, à peine nommé, un conciliateur hors pair, estimé par les deux camps. Mais ce fut la terrible épreuve de la Grande Guerre qui le fit aimer de ses contemporains, des familles auxquelles, après la mort d’un être cher, il essayait d’apporter  soutien et réconfort. Ce fut lui qui en mai 1919 prit l’initiative de constituer un Comité pour l’édification du monument qui devait rappeler le sacrifice des 176 Luziens tués aux combats de 1914 à 1918 ; ce fut sous sa direction que furent organisés quêtes à domiciles et à l’église, concerts et kermesses qui permirent de recueillir les fonds nécessaires pour la réalisation du projet.

            La tourmente passée, le curé-doyen, -qui, en 1918, avait été nommé chanoine honoraire et avait refusé la charge d’archiprêtre de la Cathédrale de Bayonne, pour  continuer à présider « aux destinées chrétiennes de sa ville natale »- put enfin se consacrer  à ce qui lui tenait le plus à cœur : les œuvres paroissiales  et l’éducation de la jeunesse.

             En 1931 il fit construire « Gure Etchea », une vaste maison paroissiale, pour y  loger les vicaires, y installer des associations (Secours catholique, patronage « Arin luzien ») et une bibliothèque. (Paul Bellevue fut tout au long de sa vie un lecteur assidu). « Gure Etchea » que le jour de son inauguration, le 3  janvier 1932, Paul Bellevue offrait aux Luziens, « mes paroissiens aimés, la maison est ouverte, elle est à vous », avait aussi une salle de spectacles, qui transformée quelques années plus tard devint le cinéma « le Rex »(1).

            Pendant son ministère il s’occupa activement de l’enseignement privé qui connut un grand développement malgré l’époque peu favorable. En 1944, les effectifs des écoles privées égalaient ceux des écoles publiques.

             Mais le cœur de « Paul apeza » battait surtout pour son église. Afin de magnifier les célébrations liturgiques, il avait fondé une Schola Cantarum dont il avait confié la direction  à l’organiste Charles Lebout. Il venait souvent se recueillir, agenouillé à l’ombre du confessionnal, tôt le matin et tard le soir, après avoir fait ses visites pastorales dans les familles, pour apporter quelque réconfort aux malades, parfois même quelque secours matériel, et à ses chères écoles pour s’enquérir avec bonté et indulgence des progrès des élèves.

            En 1946, Paul Bellevue, qui avait toujours eu une vue déficiente, devenu aveugle, démissionna et se retira à « Dagieu Baïta, » où il vécut encore dix ans.  Bien qu’il ne fût jamais allé à Rome, sa renommée était connue au Vatican : le 21 décembre 1946, quelques jours après son quatre vingtième anniversaire, le Pape Pie XII le nomma Prélat de Sa Sainteté avec le titre de Monseigneur ;

            Mgr Bellevue décéda le 5 novembre 1956. Ses obsèques célébrées en présence d’une foule immense et émue furent simples, comme il l’avait demandé dans un bref message que lut l’évêque de Bayonne, message dans lequel il disait son amour pour sa paroisse à laquelle il avait donné sa vie.

            Après sa mort, en 1957, son héritière, Mademoiselle Jeanne Harriet décida de lotir la propriété « Dagieu Baïta ». Pour scolariser les enfants du quartier « Aïce Errota », la municipalité  acheta deux grands terrains afin d’y construire un groupe scolaire, tandis que Melle Harriet faisait don à la ville d’un autre terrain, sur lequel elle désirait que fut aménagée une maison de retraite. Quelques années plus tard sur le lot voisin de la « Résidence Udazkena-Fondation Harriet » la municipalité fit bâtir l’hôpital.

            En 1962 lorsque les conseillers municipaux luziens baptisèrent une rue du nom de Monseigneur Paul Bellevue il y avait à peine six ans qu’il était mort et seulement seize ans qu’il avait démissionné de sa charge de curé-doyen. Mais presque soixante ans après sa mort le souvenir de Paul Bellevue perdure dans la ville dont il fut pendant  trente-sept ans le chef spirituel aimé et respecté.

 

Pierrette Bruyères

Sources

Opuscule intitulé : « Un Prêtre : Mgr Paul Bellevue »,  préfacé par le chanoine NARBAITZ, où sont rassemblés quelques textes et discours de Monseigneur Bellevue. Nous remercions M. le curé-doyen Dominique Errecart qui nous a prêté ce petit livre.

Note « Gure Etchea » vient d’être vendu. Le prix de la vente doit servir à la rénovation des écoles privées.

Rue Monseigneur Boyer-Mas

L’Avenue Monseigneur Boyer-Mas

Depuis la fin du XXe siècle la rue principale du petit lotissement d’Etchebiague, au quartier Errromardi, porte le nom de Monseigneur Boyer-Mas, diplomate, prélat du Pape Pie XII, qui résida à Saint-Jean-de-Luz pendant une quinzaine d’années.

            Né à Carcassonne ,en 1904, dans une famille modeste originaire d’un village de l’Aude, Laroque-de-Fa, André Boyer-Mas fut ordonné prêtre en 1928, après des études au petit séminaire de Carcassonne et à l’université de Toulouse.

            Il fut nommé vicaire à l’église Saint-Martin de Limoux, mais il n’y resta pas longtemps. Le jeune prêtre se fit vite remarquer  dans l’exercice de son sacerdoce par ses sermons, mais aussi par sa prestance, son allure élégante, ses beaux cheveux noirs, ses yeux sombres, brillants d’intelligence. Plus tard son ami intime, la comédienne Cécile Sorel, s’émouvait, disait-elle, en pensant  à son « corps d’athlète moulé dans ses robes ( à cette époque des soutanes faites sur mesure par la maison de couture Balenciaga), à sa taille de matador serrée par ses larges ceintures » .. tel un « Apollon en soutane ».  On s’aperçut vite de la présence régulière aux offices des jeunes filles de la bonne société. Cette assiduité  parut suspecte, fit  jaser… et le jeune prêtre fut nommé professeur de français au petit séminaire de Castelnaudary : mesure disciplinaire qui l’ulcéra !

            En 1932 André Boyer-Mas retrouva une cure. Affecté à Puignier, petit village sur les contreforts de la Montagne Noire qui comptait à peine une centaine d’habitants, il semblait désormais voué à mener la vie d’un humble curé de campagne. Ce qui ne convenait guère à ce jeune prêtre érudit et ambitieux.

            Intéressé par les œuvres diocésaines il créa une fondation réservée aux jeunes filles : une grande école ménagère dont il confia la direction aux soeurs dominicaines de l’Annonciade de Madrid. Très vite, grâce à sa connaissance parfaite de la langue castillane  et à son charisme, il devint l’ami et le conseiller de ces religieuses, nouant également des relations avec de nombreux ecclésiastiques espagnols. Ces liens se resserrèrent pendant la guerre civile. Il organisa l’évacuation et l’hébergement en France de nombreux prêtres persécutés par les Républicains. Reconnaissants, ils  l’introduisirent plus tard dans les milieux franquistes et la bonne société madrilène.

             Lorsque en 1939, le gouvernement français désira normaliser ses relations avec le nouveau pouvoir du Caudillo en rouvrant l’ambassade de France, ce fut l’hispanophile abbé Boyer-Mas, déjà notoirement connu pour être au courant des affaires d’Espagne, qui fut adjoint à l’ambassadeur, le maréchal Pétain, en qualité d’attaché culturel. Enfin une mission officielle où il allait pouvoir montrer ses talents, qu’il accepta avec enthousiasme, décidé à « gagner des sympathies à la France » . 

            A peine arrivé il se fit remarquer en organisant, en mai 1940, un grand pèlerinage de Français vers Saragosse ( 500 pèlerins et plusieurs évêques) qui reçut un accueil chaleureux de la population . Ami du chapelain du général Franco,  il fut un abbé mondain fréquentant les membres de l’aristocratie, et fut  très vite le plénipotentiaire français le mieux informé.

               Les représentants de la Curie décidèrent d’attacher ce brillant diplomate au service du pape. Il devint- dit-on – agent secret de Pie XII et son confident particulier. En remerciement il fut fait Camérier du Saint-Père et reçut le titre de « Monsignor » ( titre honorifique sans crosse, mitre et diocèse).

                Très affecté par la défaite de 1940 il s’était inquiété très vite de la montée du nazisme. Mais il resta, comme tous les autres membres de l’ambassade, fidèle au vieux maréchal.       Cependant sous le couvert officieux de la Croix Rouge il essaya de venir en aide aux  « évadés de France », jeunes hommes pour la plupart,  passés en Espagne  pour rejoindre  les Forces Françaises libres, et  internés dans des camps avant d’être souvent remis à l’ennemi.

            Après 1942 il opta pour  la dissidence . Officiellement nommé représentant de la Croix Rouge internationale il organisa plusieurs convois d’évadés vers l’Afrique du Nord et l’Angleterre, prit des contacts avec les ambassades des Etats Unis et d’Angleterre, secourut des Juifs.

            Cette brillante réussite ne lui avait pas fait que des amis. Dès cette époque il passait pour un personnage énigmatique et plutôt fantasque. En 1944 il réussit à garder son poste à l’ambassade mais il fut congédié en 1952.

            Il se retira à Saint-Jean-de-Luz. Dès 1947 une Société civile immobilière,  « La Seigneurie », avait commencé à racheter au quartier Erromardi des parcelles de terrain pour reconstituer le domaine d’Etchebiague, morcelé par sa dernière propriétaire, pour en faire  une exploitation agricole. Monseigneur Boyer-Mas s’installa - avec son imposante bibliothèque- dans l’antique demeure des d’Olabaratz , renommée en son honneur « La Seigneurie », que ses amis qualifiait de « Port Royal luzien ».

            Il devint une personnalité incontournable de la ville, participant à toutes les réunions mondaines surtout culturelles. Il fut en 1960 l’instigateur des fêtes organisées pour célébrer le troisième centenaire du mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse. Grâce à ses nombreuses relations il réussit à monter une exposition de tableaux et d’objets provenant, en grande partie, de musées français et espagnols, dont il rédigea le catalogue.

            Il mourut en 1972, victime d’un accident de circulation. Et le domaine fut à nouveau revendu et morcelé.

             On reparla de ce personnage ambigu, érudit et mondain,  agent secret, dernier abbé de cour du XVIIIe siècle à la réputation sulfureuse, aussi encensé que décrié, à la mairie de Saint-Jean-de-Luz, un soir de novembre 1998, pendant une séance du Conseil municipal. Un Luzien désirait donner à la ville le portrait de  Monseigneur Boyer-Mas peint par le peintre Uria-Monzon. Au cours de la discussion son passé franquiste ressurgit…mais le tableau fut accepté !

                        Pierrette Bruyères

Sources

Archives municipales

Internet : Wikipédia

Archives personnelles de Mme Lemaire

Rue Saint Pierre et Miquelon

La rue Saint-Pierre et Miquelon

            Afin de perpétuer le souvenir et honorer la mémoire des morutiers qui, pendant plusieurs siècles, contribuèrent à la prospérité de la ville, une petite rue  entre la rue Gambetta et la rue du Midi porte, depuis le 13 février 1975, le nom de Saint-Pierre et Miquelon, archipel de l’océan Atlantique nord, situé au sud de l’île de Terre Neuve, à l’entrée du golfe du Saint-Laurent.             

                 Ce petit archipel, composé de trois îles principales, découvert par le navigateur portugais José Alvarez Faguendés, et dont le 1er juin 1535 Jacques Cartier avait pris possession au nom du roi de France, tour à tour français et anglais, redevenu officiellement français en 1816, est le seul vestige des immenses possessions françaises de l’Amérique du Nord.

                 Poursuivant les baleines qui avaient déserté les côtes du Golfe de Gascogne, les pêcheurs trouvèrent d’immenses bancs de morues dans les eaux de l’océan atlantique nord ; dans une zone limitée- approximativement- au nord, par la partie méridionale du Labrador, à l’ouest, par l’estuaire du Saint-Laurent, au sud, par les îles du prince Edouard et l’île Royale, et à l’est, par l’île de Terre Neuve, bien vite dénommée « l’île des bacalaos « (l’île des morues).

                Cette abondance prodigieuse de morues était une aubaine ! L’Eglise imposait de « faire maigre » 153 jours par an. Pendant ces jours d’abstinence, la base de l’alimentation était le poisson : harengs, sardines et morues, poissons bon marché.

                 Des documents anciens, datant du XIe siècle font mention de la pêche à la morue en Europe : en Islande, les îles de Man, l’Ecosse occidentale, les Hébrides et le Nord de l’Irlande. Cette pêche, pratiquée d’abord par les marins norvégiens et écossais,  puis par des pêcheurs espagnols, bretons et normands ne semble pas avoir beaucoup intéressé les Basques. Ceux-ci ne s’y adonnèrent, vraiment, qu’après la découverte,- qui leur fut attribuée-, des grands bancs de Terre Neuve, quelque cent ans avant la découverte officielle du Nouveau Monde par Christophe Colomb. Et si les Basques furent les premiers aux « Terres Nabes » (ce qu’aucune pièce officielle ne confirme) ce fut pour chasser la baleine, la morue ne servant d’abord qu’à la consommation des équipages. La pêche à la morue et sa commercialisation ne prit son essor qu’ au  XVIIe siècle,- pour atteindre son apogée au XVIIIe- avec la raréfaction des cétacés qui, abandonnant les confins du Canada, s’éloignaient vers le Nord, du Groenland au Spitzberg.

                Les côtes orientales et occidentales de l’île de Terre Neuve, qui présentaient un grand nombre de havres et de baies pour accueillir les navires, furent les plus fréquentées par les Basques qui leur donnèrent des dénominations dans leur langue. Mais les lieux de pêche varièrent, surtout au XVIIIe siècle, à cause des nombreuses guerres et des traités entre belligérants –en particulier l’Angleterre. Au traité de Paris, en 1763,qui fixa les limites des nouvelles zones de pêche, la France perdit l’île Royale, le Canada mais reçut les îles Saint-Pierre et Miquelon. Cette année-là apparaît pour la première fois le nom de Saint-Pierre et Miquelon dans le registre des lieux de destination de six navires luziens, armés pour la pêche à la morue. A partir de 1765 l’archipel fut régulièrement fréquenté par les morutiers de Saint-Jean-de-Luz. En 1784  Saint-Jean-de-Luz envoya à Saint-Pierre et Miquelon 19 morutiers.

                Les Basques se livraient essentiellement à « la pêche de la morue sèche » ou «  pêche sédentaire » car le navire restait mouillé dans le même havre toute la durée de la campagne. .Une fois pêchées au moyen de chaloupes les morues, ramenées à terre, étaient préparées, « habillées », salées et et séchées avant d’être déposées dans la cale du navire. Les Basques n’aimaient pas pratiquer « la pêche errante » et rapporter de « la morue verte », emmagasinée dans les cales du bateau directement après la pêche. car elle se conservait difficilement

                Les départs des Terre-Neuviers ( nom donnés aux morutiers) avait lieu en février parfois à la mi-mars , les capitaines se dépêchant de rejoindre les lieux de pêche choisis pour avoir la priorité et établir les dispositifs pour la sécherie des morues. La pêche commençait  dès les premiers jours de mai et pouvait durer jusqu’à fin septembre. La vie des terre- neuviers  (ou terre-neuvas) était rude et dangereuse, pendant la traversée de l’océan, qui durait environ deux mois,  ou sur les lieux de pêche et nombreuses furent les pertes humaines.  

                La pêche à la morue, aux XVIIe et XVIIIe siècles, fut la principale activité de la flotte luzienne. Au cours du XIXe siècle elle fut progressivement abandonnée, les pêcheurs basques se désintéressant de cette pêche qui avait contribué à la richesse de leur ville.  Mais « Saint-Pierre et Miquelon continua à attirer nos pêcheurs… si bien que, de nos jours, la population de ces îles comporte une forte proportion de personnes d’origine basque »(1).

 

Pierrette Bruyeres

 

Sources :Bibliographie.

1) Jo GARAT « La pêche à la morue », in EKAINA ? Revue d’Etudes basques. No 28 1988.

2) Colonel Fernand JAUPART : Histoire maritime de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure aux XVIIE et XVIIIE siècles

Edité par la chambre de Commerce et d’industrie de Bayonne . Tome I et II  1981.

Rue Sopite

Les Sopite, (Sopitte, Soppitte ou Soupite, l'orthographe des noms propres variant à cette époque dans les divers actes de baptêmes, de mariages ou de sépultures, selon le prêtre qui les transcrivait), étaient originaires de Ciboure où une maison s'appelait "Soppitterea". Du début du XVIIe à la fin du XVIIIe siècle une douzaine de Sopite, dont plusieurs étaient prénommés  Martin, commandèrent des navires pour la pêche à la baleine et pour la pêche à la morue. Certains épousèrent des jeunes femmes de la cité voisine où ils s'installèrent, comme ce Martin de Sopite né à Ciboure en 1610, décédé à Saint Jean de Luz en 1683.
Il ne fut pas le plus célèbre des Sopite. Il ne faut pas le confondre avec l'inventeur, en 1636 d'un procédé pour fondre les lards de baleines à bord des navires et qui jusqu'à présent n'a pas été identifié formellement, tantôt appelé Martin et tantôt François, mais toujours qualifié "bourgeois de Ciboure".
Le capitaine Sopite imagina de construire, avec des briques et de l'argile, "un fourneau sur le second pont du navire et de se servir comme charbon des grillons ou du marc de la première cuite pour faire la seconde", afin de n'embarquer que peu de combustibles.
Cette invention, "une sorte de révolution dans la technique utilisée en améliorant le rendement", permit de transporter sur un même bateau les dépouilles de plusieurs baleines, de pêcher plus longtemps puisqu'il n'était plus nécessaire de revenir à la côte. Malgré les risques d'incendie elle apporta à cette pêche dans les lointaines mers arctiques une plus grande sécurité, les pêcheurs basques n'ayant plus à s'inquiéter des navires anglais et hollandais armés pour la guerre de course qui leur interdisaient souvent de descendre à terre pour préparer leurs cétacés.
des "Sopite" durent aussi capitaines de bateaux corsaires. Le plus illustre fut Johannis né à Ciboure en 1699 et qui après son mariage habit à Saint Jean de Luz, la maison "Larreguinerea". Capitaine baleinier dès l'âge de 27 ans il se rendit célèbre pendant la guerre de la "succession d'Autriche" et celle de "sept ans". De 1745 à 1747, commandant de la "Basquaise", navire corsaire de 200 tonneaux bâti dans les chantiers luziens et armé de 24 canons avec un équipage de 200 hommes, il captura dix bateaux ennemis, en rançonna deux autres et obtint la libération de 110 prisonniers français.
En 1756 il partit d'abord avec la "Rose", grosse frégate baleinières percée de plusieurs canons qu'il avait déjà commandée pour la pêche à la baleine à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent. En 1757, il était capitaine de la "Favorite" et 1759, il s'embarqua sur la corvette le "Petit Basque", "pour aller sur les côtes d'Espagne et du Portugal". Agé de plus de soixante ans il entreprit en 1761 sa dernière campagne de course. Au cours de ces expéditions il avait réussi à s'emparer de sept navires anglais dont deux étaient chargés de plus de deux mille quintaux de morues et rançonné un bateau portugais pour 3000 livres sterling. La paix revenue, il refit encore plusieurs voyages pour Terre Neuve où où il mourut en 1766. L'année précédente il avait reçu pour tous ses exploits les félicitations du Duc de Choiseul, ministre du roi Louis XV, qui lui "procura une demi-solde proportionnée à la nature de ses services".
Johannnis Sopite fut incontestablement l'un des plus habiles et hardis corsaires de son temps.
Et n'est-ce pas pour honorer sa mémoire, et non celle de son ancêtre, que nous avons dans notre ville une rue Sopite ?
A la fin du XVIIIe siècle la guerre de course préoccupait davantage les luziens que la pêche à la baleine abandonnée depuis 1756.
Dans cette rue, avait été installée en 1750 dans la maison (où d'après l'historien Joseph de Nogaret aurait habité Martin de Sopite) une Ecole d'hydrographie et de pilotage. Entre deux campagnes de pêche, les futurs capitaines de navires embarqués très jeunes, pour la plupart fils de capitaines, d'officiers mariniers ou d'armateurs, recevaient des cours de navigation. Elle fonctionna jusqu'au milieu du XIXe siècle. Sous la Révolution le professeur de cette école était Garra de Salagoïty dont le nom a été donné à une rue ouverte en 1928.

Pierrette Bruyères
Sources :
Registres paroissiaux Monographies de Saint Jean de Luz et de Ciboure. "Capitaines de navires et corsaires". Alfred Lassus

Boulevard Thiers

Boulevard Thiers

Le 14 janvier 1883, quinze  rues de la ville furent rebaptisées. L’une d’elles, appelée depuis quelques années l’Avenue des Bains, reçut le nom de Louis Adolphe Thiers.

Cette avenue était, déjà, une belle artère, lorsque les édiles républicains la choisirent pour perpétuer le souvenir de Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif de  1871 à 1873, partisan d’une « République conservatrice », que leur leader national Gambetta avait, en 1877, qualifié de « libérateur du territoire ». Mais elle était « barrée » par la rue Sopite, et ne communiquait que par une rue étroite et sinueuse » avec la rue Karrika Handi, baptisée quelques jours auparavant, rue Gambetta.
Cependant elle était la fierté des Luziens quand ils se souvenaient du  petit chemin, serpentant jusqu’à Sainte Barbe, à travers des terres arides bordées de dunes, emprunté par les paysans qui allaient s’approvisionner en sable.
En 1843, après la décision du Conseil municipal d’installer un établissement de bains sur la plage, à l’abri du promontoire de Sainte Barbe, il avait fallu déblayer et empierrer ce chemin pour le rendre carrossable. Les bouviers continuant de l’utiliser, il devait être, tous les ans, remis en état de viabilité, pour assurer le service de l’omnibus, organisé, en 1851,  du centre ville jusqu’à Sainte Barbe, pour faciliter les déplacements des « baigneurs ». En 1857, dénommé la « route des bains », le chemin fut interdit aux charrettes et aux « bestiaux qui détérioraient les jolies plantations » qui le bordaient.
Profitant de cette « vogue des bains de mer » la municipalité décida de vendre des terrains, le long de la route.  Malgré une clause les obligeant à construire dans un délai de quatre ans, les  acquéreurs furent nombreux. Le plus titré et le plus riche, le duc de Gramont acheta quatre lots, en 1874. Vers cette époque, une grande partie des terres, en bordure du rivage, fut concédée à un abbé luzien, qui y implanta un bâtiment pour jeunes garçons indigents ; en 1881 la  municipalité y logea l’école de filles laïcisée, tandis qu’un nouveau lotissement était projeté.  
Les travaux de fermeture de la rade modifiant les courants marins, l’établissement de bains de Sainte Barbe, plusieurs fois inondé, dut être abandonné. Il fut  reconstruit, en 1880, à l’entrée du quartier, non loin de l’hôpital hospice et du Jeu de Paume, tandis qu’un casino était aménagé pour distraire la  riche clientèle étrangère  Elargie et embellie, au fur et à mesure que se transformait le quartier qu’elle desservait, la route des Bains, était, en 1883, la plus belle avenue de la ville. Mais les Luziens déploraient qu’elle fût « sans issue convenable,  cette situation nuisant à l’esthétique de la cité et à la circulation », surtout au début du XX e siècle, avec l’accroissement de la circulation automobile.
Ce n’est que dans la première moitié du XX e siècle que le quartier  et son boulevard prirent l’aspect que nous leur connaissons.
Dénotant à proximité des  villas  et des hôtels où résidaient, même pendant l’hiver, de nombreux étrangers, surtout des Anglais, le vieil hôpital fut démoli et le jeu de paume déplacé. Les 8750 mètres carrés de terrains ainsi libérés furent cédés, pour être urbanisés, à deux promoteurs parisiens, chargés de restaurer et de gérer l’établissement de bains où fut transféré le casino. D’abord surmonté d’une pergola, auquel il dut son nom, le casino municipal avec hôtel, piscine et magasins fut reconstruit après la Première guerre mondiale par l’architecte Robert Mallet-Stevens.   
En 1913, « la percée » du boulevard Tiers jusqu’au boulevard Victor Hugo fut achevée,  la municipalité ayant « profité » pour dédommager les propriétaires des immeubles détruits « des conditions exceptionnelles » faites par la Société des Voies Ferrées Départementales du Midi, qui désirait établir une ligne de tramway de Bayonne à Hendaye, En 1932, le seuil de garantie, préoccupation constante des municipalités successives pour protéger le quartier des assauts de l’océan fut terminée et la promenade aménagée. La période de l’entre deux guerres, dite des Années folles, fut la grande époque mondaine du quartier et  du boulevard Thiers où étaient organisés des concours d’élégances automobiles.   

Avenue de Verdun

Le 31 décembre 1916 la réunion du conseil municipal se termina par l’adoption, à l’unanimité, de la proposition de l’adjoint Bazet : l’avenue de la Gare serait désormais dénommée avenue de Verdun. 

Pour rappeler aux générations futures la terrible bataille qui venait de s’achever, victorieusement, après dix mois de violents combats où avaient été tués de nombreux Luziens, M. Bazet avait choisi l’artère la plus belle et. la plus fréquentée de Saint-Jean-de-Luz.
Mais que de soucis elle avait causés avant de devenir cette large avenue bordée d’arbres, reliant la gare à l’entrée de la ville, jusqu’à la Maison Louis XIV et la place  Pluviôse, ainsi désignée  pour honorer les grenadiers du capitaine de La Tour d’Auvergne, vainqueurs des Espagnols à la Croix des Bouquets, le17 Pluviôse de l’an II ( 5février 1794 ).
Etablie en 1863 sur des terrains marécageux, elle avait été pendant plusieurs années une route mal remblayée, aux accotements mouvants, où s’embourbait l’omnibus qui transportait les voyageurs, et qu’il était dangereux d’emprunter, surtout la nuit et aux époques de mauvais temps lorsque le vent soufflait en rafales, sous peine de se noyer dans les marais . La Compagnie des Chemins de fer du Midi qui l’avait construite, refusant d’en assurer l’entretien, la céda à la commune ainsi que les talus.
Des clapets furent installés pour retenir l’eau de mer dans les marais malodorants, des arbres plantés, des banquettes gazonnées et des réverbères placés le long de la route. Mais, aux  périodes de  pluies violentes ou de grosses mers, la chaussée continuait à être défoncée et les talus menaçaient de s’effondrer dans le marécage. Le comblement du marais permit enfin de stabiliser cette voie et ses bas-côtés.  
Le maire Martin Guilbeau ayant décidé de vendre une partie des talus, Joseph Labrouche en réclama la propriété. Il menaça en 1883 d’intenter un procès à la Ville et à la Compagnie du Midi, une grande partie du chemin ayant été construite sur des terrains lui appartenant, sans jugement d’expropriation ni arrêté d’occupation temporaire. Ce litige ne trouva son épilogue qu’en 1898, les héritiers de Joseph Labrouche  ayant enfin accepté les indemnités qui leur étaient proposées. Maire en 1888, Albert Goyenetche n’avait pas attendu le règlement de ce différend pour demander aux Domaines la concession d’une zone de terrain domanial, longeant l’avenue qu’il devenait urgent d’élargir. Le comblement de cette lagune en 1905 permit cet élargissement et l’aménagement d’un jardin public. C’est dans ce jardin public appelé square de Verdun que fut érigé, à la  mémoire des 176 Luziens « morts pour la Patrie », le Monument aux Morts « Terre de France », œuvre du sculpteur Maxime Real del Sartre, qui séduit par Saint-Jean-de-Luz acheta, pour y résider, le moulin de Billitorte.
Il fut inauguré le 25 juillet 1921 par le général Pierre Paul Larretche, né à Ciboure, fils de Pierre Larretche, premier patron du bateau de sauvetage, mort écrasé par le canot qu’il pilotait,  dans lequel avaient embarqué l’Impératrice Eugénie et son fils pour les protéger de la noyade, au péril de sa vie. En 1928 Saint-Jean-de-Luz, devenue station climatique renommée, eut son « pavillon du Syndicat d’Initiative »sur la place Pluviôse, aménagée « en stationnement d’automobiles ».  
Deux ans plus tard elle fut devint la place  Foch, après le décès de l’ancien commandant en chef des troupes alliées de1918 ; tandis que le nom de la victoire des soldats de l’an II était attribué à une petite rue voisine. Encore élargie, goudronnée, l’avenue de Verdun perdit quelques arbres au cours de tous les travaux destinés à améliorer la circulation, mais elle est toujours la plus belle rue de la ville, avec ses deux ronds points fleuris dont l’un  porte, depuis 1976, le nom d’un autre illustre militaire, le Maréchal de Lattre de Tassigny

Boulevard Victor-Hugo

Boulevard Victor-Hugo - Cliquer pour agrandir l'image

Le 31 mai 1885, le Conseil Municipal décida de donner à une rue de Saint-Jean-de-Luz le nom de Victor HUGO, décédé quelques jours auparavant, le 22 mai.   Plusieurs artères de la ville, dont les deux plus importantes, la rue GAMBETTA et le boulevard THIERS, ayant été rebaptisées en 1883, les édiles choisirent, pour perpétuer le souvenir du « grand poète et modèle des citoyens » qu’ils admiraient pour son œuvre et pour ses opinions politiques, un boulevard  en construction, appelé Boulevard du Marais.  

Il faisait partie des voies du nouveau quartier que la Municipalité  était en train de créer à l’emplacement du marécage qui s’étendait de la gare à la ville et dont l’assèchement avait commencé en 1873. L’établissement de cette voirie avait été la cause de discussions houleuses, au sein du Conseil municipal, entre les républicains élus en 1878 et les anciens  bonapartistes, conservateurs. Ceux-ci s’étaient longtemps opposés à la création d’une rue parallèle à la Grand Rue, craignant que  son ouverture occasionnât l’abandon de celle-ci par le roulage , gênant ainsi  le commerce de la ville.
Les plus pessimistes redoutaient que cette déviation éventuelle fît de « Saint-Jean un véritable désert ».
Le plan du lotissement fut enfin voté en 1881.  

Au début de  l’année 1885, ce boulevard, objet de tant de craintes pour ses détracteurs et si ardemment défendu par ses partisans, n’était encore qu’un chantier bourbeux, sous lequel passait l’égout collecteur.
Mais il permettait d’accéder à la halle et à l’école communale des garçons, inaugurées l’année précédente, symboles, pour les Républicains au pouvoir, du nouveau Saint -Jean-de-Luz, ouvert au progrès,  au commerce et à la culture.     Bien que le prolongement du boulevard jusqu’à la rue d’Ascain, la rue Chauvin Dragon eût été voté  dès 1882, de nombreuses années s’écoulèrent avant que ce boulevard fût terminé.  

L’augmentation de la circulation automobile, qui rendait  dangereuse la traversée de la ville  par la seule voie existante, la rue Gambetta, sinueuse et souvent encombrée, rendit urgente  la construction d’une nouvelle artère jusqu’à la route  nationale.
En 1896, la Municipalité conservatrice  reprit «  le projet si longtemps ajourné du percement définitif du boulevard Victor Hugo ». En 1907, après un accord avec l’administration des Ponts et Chaussées qui acceptait de prendre à sa charge le  terrassement de la voirie, elle décida l’achat de « tous les terrains nécessaires à l’achèvement du boulevard Victor Hugo pour en faire une déviation de la route nationale 10, au lieu et place de cette route qui traverse actuellement la ville ».
Les travaux  furent achevés en 1910 avec la participation du « Touring  Club de France » qui désirait organiser des courses d’automobiles entre Biarritz et Saint-Sébastien.  

Contrairement aux prévisions alarmistes qui avaient tant inquiété les Luziens, le boulevard Victor Hugo contribuait déjà, en ce début de XX e siècle, à la prospérité économique de la ville